Lope Story (20)


Lope Story (20)
Texte paru le 2019-03-22 par Luc Tulède   Drapeau-fr.svg
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Chapitre 21


Je me réveillais plusieurs heures plus tard sur le coup de 10 heures. J’avais dormi comme un bébé. Ce réveil fut l’un des plus agréables de ceux que j’avais vécus jusqu’à présent. Stéphane, couché dans mon dos, m’enlaçait tendrement, un bras passé sous le mien et sa main plaquée sur mon torse. Il m’irradiait de sa chaleur douce et juvénile. Il dormait encore profondément. Lentement, pour éviter de le réveiller, je glissais ma main sur la sienne, nos doigts se croisèrent. De tous les instants vécus, celui-ci fut l’un des plus beaux. Je le sentais tout contre moi, nous ne faisions qu’un dans un état de tendresse totale et absolue. Mon doux et beau Stéphane m’appartenait. Il était à moi tout seul. Et aussitôt, à cette délicieuse sensation, mon désir monta d’un cran et mon érection fut immédiate, mais ayant ordre de ne pas me masturber, je ne me touchais pas, laissant la nature seule faire son travail. Par contre de son côté, les choses étaient aussi en train de bouger. Je sentais sa bite prendre de l’ampleur, signe d’un réveil proche. Puis ses doigts se serrèrent sur les miens.

– Bonjour, mon petit chéri ! Ça va. Pas trop fatigué, me dit-il en m’embrassant dans le cou.

Cette sensation redoubla mon désir, et le sien aussi.

– Non, ça va. Je me sens frais comme un gardon, mon ché… euh… pardon Maître.

Il partit d’un petit rire, amusé par ma confusion.

– Je t’autorise à m’appeler autrement si tu le souhaites. En tout cas maintenant. Par contre, en présence des autres, nous reprendrons nos habitudes. N’oublions pas que c’est avant tout un jeu qui n’exclut pas de se relâcher de temps en temps et de laisser la place aux sentiments.

– Un jeu ? fis-je un peu perdu par cette nouvelle donne.

– Oui un jeu. Faut que tu l’assimiles. Comme en tout, il y a des périodes "on" et des périodes "off". Là, nous sommes en "off".

– C’est nouveau ? fis-je.

– Oui c’est nouveau et j’en ai pris la décision hier soir, ma petite puce.

– Et pourquoi ce changement, mon ché… euh j’ai un peu de mal à prononcer le mot. J’ai tellement pris l’habitude de t’appeler Maître que je ne sais pas si je peux.

– Oui tu peux, je t’y autorise. Je reste le maître quoi qu’il en soit et je décide de tout. Règle n° 8, rappelle-toi.

– Bien Maî… euh mon chéri.

– C’est mieux comme ça et dans ta bouche, c’est exquis, mon petit ange.

Aussitôt, en signe d’approbation et de contentement, il colla son corps contre le mien plus fortement. Sa bite, sous l’effet du réveil et du désir, avait repris belle consistance. Il glissa une de ses mains sous ma tête, la fit retourner légèrement et l’attira vers la sienne. Nos bouches fusionnèrent dans un élan passionné. De l’autre, encore entrecroisée avec la mienne, il fit mouvement vers son sexe et me fit comprendre sans ambages que je devais m’occuper de lui. Je lui obéis sans résistance, j’avais envie de lui comme jamais et nos désirs étaient réciproques. Quittant sa bouche, la mienne spontanément se dirigea vers sa queue magistralement raide et offerte. Je m’appliquais avec art à lui donner le maximum de plaisir. Ses halètements prouvaient mon savoir-faire. Je suçais à fond, aspirais, titillais le gland, léchais la hampe, descendais jusqu’aux couilles. C’était un vrai ballet. J’étais une danseuse étoile engagée dans le rôle de Ella Pompadonf dans le ballet intitulé "le bal des Pompiers" sur une musique de Jean Filtaqueux et une chorégraphie de Emma Putavaltout et Jean-Philippe Herbien. C’était bon au-delà de tout.

Puis me remontant la tête vers lui, il me fit mettre sur le dos, prit mes deux jambes et me rehaussant le bassin commença à me lécher le cul et à y introduire sa langue. C’était extraordinairement divin, nos âmes à l’unisson me faisaient déborder d’amour. Pour la première fois, je faisais connaissance avec ce moment précieux où l’acte sexuel s’unissant à la fusion amoureuse décuple les sensations. De mes mains je caressais ses cheveux et n’attendais qu’une chose : qu’il me pénètre et que je ressente enfin en moi cet état d’abandon et d’union totale avec l’être aimé. L’instant tant attendu vint. Ce fut une explosion de joie. Stéphane me faisait l’amour avec passion et tendresse. Son regard s’accrocha au mien, nous ne faisions plus qu’un dans une symbiose parfaite et quasi mystique. Nos corps formaient une seule entité, un seul être vivant tout entier concentré sur son désir. Sa bouche inondait la mienne d’un doux élixir aux saveurs dionysiaques. J’étais au bord de l’orgasme et dans un geste inattendu, pressentant le sien, il commença à me masturber. Je ne pus y résister très longtemps et au bout de quelques dizaines de secondes, je jouis avec une force inouïe, mon sperme arrosant mon torse et se propulsant sur mon cou et mon menton. Sous les spasmes de mon rectum contractant son sexe, il jouit à son tour et m’inonda de sa semence divine, tout en m’embrassant avec une furie débordante de passion. Sa jouissance fut longue, je sentais son membre qui se déchargeait en moi en vagues infinies de joie et d’amour. C’était au-delà de tout ce que j’avais espéré. Les mots ne seront jamais assez puissants pour décrire cet état de fusion. J’avais l’impression d’avoir vécu un sentiment d’éternité, le temps s’était arrêté, nous appartenions à quelque chose de plus grand que nous. Peut-être était-ce cela la définition du sublime et de l’extase ? Ces rares moments vécus où nous atteignons un stade suprême d’élévation spirituelle, quand confrontés à quelque chose d’immense, nous nous sentons appartenir à un Tout qui nous domine de toute sa puissance, mais auquel nous sommes intégrés irrémédiablement comme une partie insécable, indispensable et essentielle.

L’auteur qui a le mieux décrit ce moment magnifique est un grand philosophe du XXème siècle : Émile Cioran dans "L’extase musicale", le premier texte de son "Livre des Leurres". Il cite dans un passage les grandes expériences de l’unicité en réunissant sous ce vocable l’extase musicale et l’extase érotique, l’amour et la musique étant selon lui les seules expériences nous procurant des sensations uniques. Je ne peux résister au plaisir de vous en citer quelques extraits qui décriront mieux que je ne le pourrais faire mon ressenti.

« Dans ces instants, quand nous résonnons dans l’espace et que l’espace résonne en nous, dans ces moments de torrent sonore, de possession intégrale du monde, je ne peux que me demander, pourquoi je ne suis pas l’univers...

… Je veux vivre simplement pour ces instants, où je sens l’existence tout entière comme une mélodie, où toutes les plaies de mon être, tous mes saignements intérieurs, toutes mes larmes retenues et tous les pressentiments de bonheur… se sont rassemblés pour se fondre en une convergence de sons, en un élan mélodieux et une communion universelle, chaude et sonore.

… je suis parvenu à une immatérialité douce et rythmée, où chercher le moi n’a aucun sens…

…Les chants de la tristesse cessent d’être douloureux dans cette ivresse et les larmes deviennent ardentes comme lors d’une suprême révélation mystique… L’extase musicale est un retour à l’identité, à l’originel, aux premières racines de l’existence. Il n’y a plus en elle que le rythme pur de l’existence, le courant immanent et organique de la vie. J’entends la vie. De là naissent toutes les révélations. »

C’est exactement cela que je venais de vivre. Stéphane m’avait procuré un bonheur inégalé et comme dans l’extase musicale dont j’avais déjà fait l’expérience quelques années auparavant, je m’étais fondu, lors de notre union charnelle, dans une communion universelle, chaude et sonore. J’avais expérimenté le magnifique et sublime sentiment d’unicité. Jamais, je ne l’oublierais, et c’est encore avec une vive émotion, plus de 30 ans après, que j’évoque cet instant.

Malheureusement, ces rares moments où nous touchons à quelques profondes vérités sur l’existence ont toujours une fin. Et le romantisme de la scène précédente s’il dura quelques dizaines de minutes supplémentaires, céda vite le pas aux contingences de la vie réelle.

Toutefois, avant que la réalité nous rattrape, notre moment d’intimité se poursuivit. Stéphane, couché sur moi et ne souhaitant pas perdre une seule seconde du bonheur précédemment vécu, attendit que son membre soit complètement flaccide avant de se retirer. Me tenant le visage de ses deux mains et le caressant, il n’arrêtait pas de m’embrasser, visiblement heureux et amoureux. Pendant de longues minutes de bonheur fusionnel, il était resté alangui sur mon corps pour mieux s’unir au mien et garder la sensation de l’unicité. Je me permis au bout de quelques minutes après ces tendres emportements de rompre le silence.

– C’est vrai que tu m’aimes ?

– Oui je crois que oui. En tout cas, une chose est sûre, je n’ai jamais éprouvé tout ça avec un ou une autre.

– Tu sais, je t’aime aussi.

– Je sais et tu me l’as bien prouvé, une fois de plus. Mais tu sais, je suis un être double. Si j’ai adoré ce moment extraordinaire de fusion avec toi, je suis aussi un mâle dominant et ma relation ne pourra être épanouie qu’à la condition que je puisse vivre cette double situation en toute liberté, et t’obliger à faire plein de choses qui m’excitent au plus haut point. Tu sais maintenant à peu près ce que j’aime et désire. Mais j’ai l’impression que nous sommes de ce point de vue très complémentaire. Je peux t’apporter ce que tu attends et toi me combler totalement et entièrement au-delà même de mes espérances. Donc, amant d’un côté, dominateur de l’autre. C’est impossible autrement. Es-tu prêt à l’accepter ?

– Oui je crois, car si tu es un être double, sache que moi aussi. Je suis empli d’amour pour toi, mais j’ai un côté aussi très pervers, tu t’en es bien rendu compte aussi ?

– Oui c’est le moins que l’on puisse dire et hier soir, tu m’as épaté dans ta perversité. Tu en voulais et tu en redemandais. Tu étais vraiment génial.

– Tu vois. Nous sommes faits pour nous entendre et nous compléter. Je t’aime, tu m’aimes et pour le prix de cet amour, je consens à toutes tes lubies et tes désirs, justement parce que je sais que tu m’aimes et que j’en ai maintenant la quasi-certitude. Tu as dit à un moment que tu avais appris à manipuler les sentiments, mais avec moi, je crois que tu ne le fais pas ou seulement un peu, histoire de me remotiver.

– Tu as tout compris, mon amour. Tu es trop mignon et en plus intelligent. Tu piges vite, mon cœur.

– Merci, c’est gentil.

– Quant à mes sentiments pour toi, tu peux en être certain. Enlève le "quasi", il n’a pas lieu d’être.

– Vraiment, je peux te faire confiance. Tu ne me manipules pas ?

– Non, je t’assure. Si tu veux, je peux le jurer sur la tête de ma mère.

Et pour m’apporter une preuve supplémentaire, il m’embrassa avec une tendresse inégalée en me caressant le plus sensuellement et voluptueusement possible. Je m’abandonnais complètement à cet assaut de douceur. Sa main électrisait chaque parcelle de mon épiderme d’une onde de bonheur. Je le serrais très fort contre moi. Les larmes me vinrent spontanément. C’était trop beau, trop magique. Mon Stéphane adoré m’aimait. J’aurais voulu le crier à la face du monde, partager ma joie et mon bonheur avec la Terre entière. Mille pensées traversaient mon esprit euphorique. Une image en particulier : nous étions un couple d’amoureux sur une île déserte, isolé du monde par une barrière infranchissable et loin des contingences de la vie réelle. Cette image avait le goût de l’éternité et la délicieuse suavité de l’intemporalité. Avec lui la vie prenait soudain une couleur et un parfum inhabituel pour le jeune homme que j’étais. Notre amour serait éternel, j’en étais persuadé. Que la jeunesse est belle avec ses illusions et ses rêves ! Mais tous les rêves ont une fin, hélas…

Soudain, la porte s’ouvrit. La réalité venait de reprendre ses droits.