Lope Story (28)


Lope Story (28)
Texte paru le 2018-04-30 par Luc Tulède   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : Lope Story (série)

Chapitre 29

Je me réveillai le lendemain matin ne sachant plus où j’étais. Un temps d’adaptation fut nécessaire avant que je comprenne ce qui m’était arrivé. Stéphane dormait à mes côtés. Un de ses bras m’entrelaçait tendrement, amoureusement. La présence de son corps chaud et palpitant me rappela que j’existais encore, que la sensation de néant n’avait été que provisoire, mais suffisante pour me faire sombrer dans un sommeil profond. J’avais été drogué, c’était la seule explication possible à ma perte de connaissance. Était-ce le poppers ou autre chose ? En attendant que Stéphane se réveille pour avoir un début de réponse à mes questions, je constatais que j’avais été lavé, peut-être douché dans un total état d’inconscience. Mon corps sentait bon, une odeur citronnée, genre "Eau Sauvage", c’était délicieux et délicat de la part de ceux ou de celui qui en avaient eu l’idée. Stéphane aussi fleurait bon, un mélange de jeunesse et d’épices. Doucement, je me retournais vers lui et le regardais dormir. Il était magnifique. Ses lèvres sensuelles, ses cils réguliers, son menton carré, ses épaules développées, ses pectoraux bien dessinés et fermes, ses cuisses musculeuses, son sexe mou et désirable, sa peau légèrement cuivrée formaient une statue digne du David de Michel-Ange. Je l’aimais, c’est sûr, du plus profond de mon être. Le voir ainsi m’allumait dans le cerveau des milliers de paillettes. Puis sans raison apparente sinon le choc esthétique ressentit devant la beauté, je me mis à pleurer doucement, submergé par une vague d’émotion. Et je le remerciais intérieurement, et je remerciais la vie de l’avoir placé sur mon chemin.

Fou de désir pour ce corps si beau, je me penchais instinctivement vers son sexe et son début d’érection matinale. Je le pris en bouche doucement, tendrement. Le sentir gonfler sous mes succions était la meilleure de mes récompenses. Très vite, il devint aussi ferme que du béton. Avec application, je l’enfonçais à fond de gorge, puis revenais, et ainsi de suite. Mes allers-retours réguliers eurent leur effet. Puis sa main vint se plaquer sur ma tête pour lui imprimer les mouvements qu’il désirait.

– Bonjour, mon ange. Quel bonheur d’être avec toi ! C’est un ravissement permanent. Je t’adore.

Puis il attira ma tête vers la sienne. Nos bouches se cherchèrent et s’unirent. Nos salives du matin se mélangèrent dans une gerbe de fraîcheur et de tendresse. Lentement, il me retourna sur le dos, prit mes deux jambes qu’il cala sur ses épaules et me pénétra doucement, et aussi profondément qu’il le pouvait. Son sexe bandé à mort coulissait librement dans mon trou d’amour. Nos lèvres se scellèrent en une union totale, une fusion parfaite.

– Tu peux jouir si tu veux, ma beauté, me fit Stéphane. Je t’aime trop pour ne pas t’y autoriser.

Je retrouvais le Stéphane que j’aimais. Bien que je ne détestasse point le Stéphane dominateur, bien au contraire, le Stéphane tendre et aimant me faisait littéralement fondre d’amour. Nous étions vraiment d’une complémentarité parfaite, quels que soient les rôles joués. Notre osmose sexuelle était quasi idéale.

Nos regards en disaient plus long sur nos sentiments réciproques que l’acte sexuel en lui-même. Fixés l’un à l’autre, nos yeux tentaient de pénétrer l’autre aussi profondément que possible pour y déceler l’étincelle de l’amour, du pur, du vrai.

– Je t’aime, lui dis-je.

– Moi aussi je t’aime, si tu savais à quel point je t’aime.

Il colla ses lèvres aux miennes et redoubla l’intensité de ses mouvements. Comme proposé, je me masturbais à la vitesse d’un bolide dans une course de formule 1. Nous jouîmes ensemble, de concert, dans une parfaite synchronicité. Sa divine liqueur coulait en moi comme un torrent d’amour, la mienne m’inondait le torse de sa douce chaleur. J’aurais aimé que ce moment fût éternel et que le temps s’arrête. Il resta planté en moi le plus longtemps qu’il pût, me dévorant les lèvres avec avidité. Puis il s’affala sur le côté, satisfait, serein, heureux. Sa main douce étalait ma semence sur mon ventre comme un onguent aux vertus balsamiques et apaisantes. Puis, me fixant du regard, dans un silence total, il accoupla ses lèvres aux miennes et m’embrassa encore, encore et encore.

Ce fut un moment de pure extase. Je me fondais dans le monde, le monde se fondait en moi en un Tout insécable. Je plongeais dans les profondeurs de l’univers avec lequel j’entrais en symbiose. Mon ego se dissolvait complètement, irrémédiablement dans ce Tout indéfinissable en mot. J’étais au firmament de l’euphorie, du bonheur, de l’Amour avec un grand A. Je voulais que chaque parcelle de mon corps et de mon esprit fusionne avec celui de l’homme que j’aimais, que nos substances s’absorbent mutuellement comme dans un processus de phagocytose.

Ces moments sont assez rares dans l’existence pour y laisser des traces impérissables. Ils sont le sel de nos vies et le pilier de notre humanité. Nous ne pouvons que devenir meilleurs après de tels états de grâce. Oui, c’est cela : un état de grâce, voilà l’expression juste et la plus précise description de ce que je vivais en cet instant magique.

Tout cela fait remonter des émotions qui me bouleversent à un point tel que mes larmes inondent mon visage. Ce fut tellement beau, tellement pur, tellement exceptionnel, si exceptionnel et extraordinaire que je ne revivrais qu’à de rares occasions un tel état de grâce. Seule la musique rallumera en moi cette intensité émotionnelle.

Je ne sais plus combien de temps cela dura. Quelques secondes ? Quelques minutes ? Une heure ? Le temps avait arrêté sa marche inexorable, cette marche qui nous conduit toujours vers le stade ultime de la mort. Cioran a raison quand il explique que dans ses moments, nous accepterions volontiers de mourir pour ne pas retomber dans les contingences et les trivialités de la vie quotidienne.

J’en prends conscience aujourd’hui avec le recul de l’âge et toutes les expériences qui ont formaté mon existence. Un immense regret m’envahit soudain, comme si cet instant de pure beauté et de fusion totale et absolue ne pouvait plus jamais se reproduire. Mes larmes sont l’expression de ce regret, de la mélancolie qui l’accompagne et de la prise de conscience d’une vie qui ne fut pas entièrement remplie par ce bonheur pur et désintéressé, débarrassé de toute forme de médiocrité et de vulgarité.

Ainsi va la vie, et nous sommes tous logés à la même enseigne. Quel que soit l’Amour que nous éprouvons, pour notre conjoint, nos enfants, nos parents, nous restons des êtres solitaires enfermés dans notre enveloppe charnelle dont nous ne pourrons jamais nous évader pour fusionner totalement et ne former qu’une seule entité physique et spirituelle. Les moments les plus propices le permettant sont ceux de la communion, et ils sont rares. Là encore, avec l’amour, la musique reste et demeure l’un des meilleurs canaux pour y atteindre. Qui n’a jamais éprouvé cela en rentrant dans une église dans laquelle des centaines de croyants chantent à l’unisson un Ave Maria ? Ou quand arrive le grand air de la cantatrice ou du ténor dans un opéra de Mozart, de Verdi ou de Puccini ?

Je venais de vivre un état de grâce et de communion qui me marquera jusqu’à la fin et qui me poursuivra, j’en suis sûr, dans le néant de la mort.