Made in pipitown

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Volume 2 — Numéro 2

Texte d'archive:


Archivé de: Zipper – Volume 2 – Numéro 2
Date de parution originale: Mai-Juin 1995

Date de publication/archivage: 2004-09-14

Auteur: JacquesLamoureux
Titre: Made in pipitown
Rubrique: Fait vécu

Note: Ce texte a été reproduit sur l'archive avec l'autorisation de Zipper (2000 - Contact: jeandenis@microtec.net)

Ce texte a été lu 3743 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)


Depuis la mi-avril jusqu'à la fin mai, c'est le temps des folies et du laisser- aller en plein air car le soreil du printemps nous éverve. Ainsi, il y a quelques années, la mode voulait que tous les gays "In" fassent un pèlerinage printannier à Provincetown...

Ce printemps-là, je partais avec Germaine et Rollande, mes chums de filles; celles qui me servaient toujours de bouées de sauvetage lors des partys hétéros et de frontière quand je flyais un peu trop. Rollande était straight, à ce qu'elle disait, mais à cause de ses petits tétons, elle se sentait complexée, voyez-vous? Et puis elle préférait les gays, car elle les trouvait plus doux et plus délicats; elle sentait le camphre et la vertu et je trouvais ça bien commode de la connaître surtout quand j'étais cassé. C'était pas comme sa copine Germaine, qui n'avait pas un petit côté "moman" mais un côté "popa" bien prononcé. C'est elle qui disait qui gagnait l'argent et c'est elle qui disait où le dépenser... Même si Rollande travaillait depuis huit ans en dessous de la table, remplaçante à l'année dans une binnerie du quartier...

Sur la carte routière, l'itinéraire se déroulait comme un long ruban rouge; la vie était belle et la température aussi. On s'est finalement installé tous les trois dans un Guest House de sexe indéterminé et néanmois gayment orienté, à peu de distance de la plage et des fameuses dunes.

La première journée avait commencé avec l'omelette caoutchoutée à l'américaine; puis, le soleil étant au rendez-vous, nous sommes allés nous étirer sur la plage blonde et beige, juste à côté de deux Monsieur Univers pour impressionner Rollande... On regardait passer les gars comme s'il s'agissait d'une Easters Parade; les uns avaient un côté homard, d'autres un côté cubain. Parfois une "grâcieuse" ou "queenie" se faufillait parmi les butchs de la guerre 39-45 ou les machos de toutes sortes de sexes. Étrangement parmi tous ces spécimens de lézards, aucun ne m'attirait et peu m'auraient fait bander. On m'avait pourtant dit tant de choses sur les dunes de Pipitown que je me sentais un peu déçu. Ce n'est que la première journée, me répétais-je... Peut-être que j'ai mal regardé... Je décidai de laisser Rollande et Germaine à leurs bières et je partis faire une tournée de reconnaissance sur les dunes, question de mettre un peu de suspense dans cette matinée au soleil endimanché mais pas très sexy.

Le sable était très chaud. En sandales, une serviette à palmiers sur les épaules, je marchai le long de la plage en mouillant de temps à autres mes orteils mais surtout en regardant tous les gars qui étaient à portée de vue... Ici et là, quelques personnes plus âgées accompagnées de petits amis jalousement payés; plus loin, des joueurs de football, mâles typiquement américains, tous une bière à la main. Je finis par m'éloigner quelque peu de la plage pour pousser une pointe à l'intérieur des fichues dunes. C'est là que se ramsassaient tous les solitaires comme moi. J'y découvris des surprises de taille. Camouflés par une butte de sable ou ombragés par quelques touffes d'herbes hautes, plusieurs corps masculins se doraient la couenne "in naturalibus". Ils s'étaient discrètement éparpillés à un certaine distance les uns des autres de manière à ce qu'ils puissent s'observer de loin; parfois, ils étaient par paires mais c'était sans doute le fruit d'un hasard plus ou moins recherché. Je finis par repérer un monticule intéressant et je m'installai à mon tour, un peu en retrait des regards indiscrets, sur une butte à vue en cinémascope. C'est avec une certaine pudeur, sans doute due à mon éducation chrétienne, que je me plaçai à cet endroit et que j'enlevai nerveusement mon costume de bain. Tout en flirtant avec le néant, il ne me restait plus qu'à attendre l'arrivée du prince charmant ou héros hollywoodien comme dans les films de la MGM ou de la Warner's Bros...

C'était la première fois que je prenais du soleil "à poil" en terre américaine. Mais même camouflé, j'étais d'une fragilité inouïe à l'érection; la moindre pensée excitante et hop! Mon pénis secoué d'impulsions nerveuses s'amusait à dessiner des arabesques capricieuses dans l'air doux et chaud... Les yeux constamment aux aguets, je laissais le soleil dorer mes fesses frissonnantes ainsi que ma queue inquiète. Je ne voulais surtout pas être surpris par des regards que je n'aurais pas d'abord désirés. Ainsi lorsqu'un promeneur peu intéressant s'approchait trop près de moi, je me retournais sur le ventre jusqu'à ce qu'il soit hors de vue; qu'il observe mon derrière callypige, passe encore, mais s'il insistait, je me recouvrais de ma serviette. Je dus agir de la sorte à plusieurs reprises jusqu'à ce qu'un beau jeune homme se place à peu de distance de moi. Dans un lent cérémonial, il plaça sa serviette de façon à ce que d'un coup d'oeil il puisse me voir tout entier et moi de même. Il s'étendit et enleva son maillot comme s'il n'y avait rien là; et pourtant il y avait vraiment quelque chose là!

Feignant mutuellement la quasi-indifférence, on s'est observé un petit bout de temps. J'orientai un désir précis et particulier en sa direction. Un troisième garçon se pointa alors près de nous; en fait, ça dérangeait quelque peu notre séance de zieutage, mais il comprit vite et disparut malgré quelques regards intéressés accompagnés d'un geste tout-à-fait pornographique... Je ne voyais plus maintenant que le haut-relief d'un corps d'or sculpté sur un fond d'azur...

Au bout d'un certain temps, je vis mon type s'agenouiller avec précaution, en semi-érection, il essuya délicatement les quelques gouttes qui perlaient sur son corps, noua sa serviette autour de ses hanches, ramassa son sac de plage, se leva et vint vers moi... Il s'arrêta à deux pas, promena un long regard sur mon sorps et sans dire un seul mot, il esquissa un sourire et s'installa tout à côté de moi à l'ombre d'un bouquet de grandes herbes sauvages... C'est là que ça vraiment commencé à m'énerver...

D'abord, il entreprit de se badigeonner copieusement de crème à bronzer dont je sentais d'odeur pastiche de pistache et noix de coco; c'était de la provocation puisque l'endroit accusait un grand manque de soleil. Lentement, avec des gestes mesurés, il se frictionna en insistant de ses mains lubrifiées à étendre la crème huileuse sur son corps déjà bien doré, caressant tous ses muscles tout en sachant fort bien que je l'observais d'un oeil indiscret. Puis il s'étendit sur le dos, la queue au vent aussi rigide qu'un mât de drapeau américain, bien sûr... Je n'osais pas encore me tourner sur le dos, mais je m'y suis finalement décidé pour offrir à son regard ma queue bandée sous le soleil brûlant. Aussitôt, il se remit à se caresser empoignant parfois sa queue superbe pour la branler quelque peu afin de la dégourdir ou lui faire prendre un peu d'air pur. Parfois il écartait les jambes et étirait ses bras comme s'il eut été crucifié. Aussi excitant qu'un film porno, nous nous jetions des coups d'oeil furtifs tout en guettant les gendarmettes à cheval qui patrouillaient quelquefois le secteur. Sans même nous toucher, nous avons passé de longs moments à nous caresser dans toute notre nudité, échangeant des regards et visions exhibitionnistes ou voyeuristes dans la douce liberté du soleil complice. Par moment, je voyais son gland rosé rebondir d'allégresse pendant que ma queue lui offrait des frémissements de convoitise. D'autres fois, il m'emplissait la vue de ses fesses charmantes, éblouissantes. Soudain, comme après une lente gestation, il roula vers moi et appuya délicatement son corps sur le mien. Commencèrent alors de multiples frôlements et frottements de peaux chatoyantes, d'épidermes frissonnants, des glissements et crissements de sable sous nos peaux. Quel agréable supplice, quel tendre délice que de me sentir ainsi emporté par ce bel Américain aux mains si duveteuses. Tant d'élans d'une ardeur si suave me transportaient d'allégressel; tous nos gestes se transmuèrent en coulées de sueurs extatiques. Rien ne me semblait plus agréable que ces caresses en plein air, doucement bercé par l'odeur saline de la mer...

Aucun geste ne fut censuré, de la tête aux fesses, des oreilles aux orteils, tout fut léché, pourléché, sucé, flatté, frotté, baisé, encore et encore dans un enchantement de mouvements virils et parfois fébriles, harmonieux et gracieux... Le sable chaud collait à travers les rebondissements de nos doux tourments. Finalement, dans un double éclatement sublime, les spermes se répandirent en se mélangeant tant à la sueur de nos corps qu'aux grains de sable pipitowniens... L'extase totale sous un soleil de cuivre...

Avec des sourires de satisfaction consumée, on a laissé aérer le tout qui croûta rapidemenet... "You wanna go to the sea?" Quel étrange difficultés à remettre nos costumes de bain, nous nous sommes ainsi littéralement garrochés dans l'eau salée de la mer bienfaitrice et purificatrice. L'eau nous a rafraîchis de tous nos fantasmes et de leurs traces de clandestinité ou complicité. Tout s'était déroulé sans même prononcer dix mots d'anglais.

Maintenant étendus main dans la main sur la plage, nous avons conversé... en français... Il était Québécois et s'appelait Éric; il était en vacances tout comme moi, à la recherche des beaux Américains... J'avais oublié Rollande, j'avais oublié Germaine... Enfin, je ne les revis que le lendemain matin; elles étaient en beau Joualvert d'avoir attrapé un coup de soleil. Moi, j'avais attrapé un coup de foudre qui dura quelques mois...