Naissance d'un soumis (06)


Naissance d'un soumis (06)
Texte paru le 2015-04-02 par Yosh Leclerc   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : Naissance d'un soumis

Les grandes vacances supposaient un changement de lieu. L’établissement disposait d’une propriété dans le Massif Central et les élèves qui le voulaient pouvaient y passer les vacances ou une partie de celles-ci. Les orphelins comme moi, étaient obligés d’y aller tant qu’ils ne trouvaient pas un parent ou une famille d’accueil pour tout ou partie de la période. Je partais donc dans ma montagne avec une petite trentaine de camarade du collège ou du lycée.

Le séjour en montagne a été d’un ennui effroyable. Je ne parvenais pas à m’amuser avec mes camarades : jeux stupides et discussion d’ados boutonneux autour d’un feu de camp ridicule, mes pensées étaient ailleurs, dans la chambre 212. C’est dans cet état d’esprit que Oncle Pierre vint me chercher et me ramena à Hossegor pour le mois d’août. À 15 ans et demi, j’avais encore envie de ne rien faire, sauf m’amuser. Mais je comprenais aussi que je devais aider au camping, face à l’afflux des vacanciers. Nous avions passé un accord avec Oncle Pierre. J’assurais l’entretien des blocs sanitaires le matin très tôt et vers le milieu de l’après-midi. Pour le reste, je pouvais aller au club de voile, y retrouver mes amis véliplanchistes ou surfeurs et m’amuser avec eux. À dire vrai je n’étais pas véritablement doué pour le surf ; mais j’étais bon nageur et cela compensait un peu mon incapacité à tenir debout sur la planche… au moins, je savais revenir à la plage par mes propres moyens. L’intérêt majeur que je voyais à aller ainsi au club de voile était de discuter sérieusement de choses sérieuses avec des copains plus âgés que moi mais aussi de voir de beaux corps de mecs. Je ne sais pas si tous ont compris que j’étais homosexuel ; j’étais « le petit » depuis trois ans et je le restais. Vers la mi-août, l’un de ces copains me fit pourtant des avances sans ambigüité. Il avait 17 ans, un corps très hâlé et très athlétique, des cheveux noirs et longs qu’il retenait par un bandeau, des yeux vifs. Ce fut lors d’une soirée sur la plage autour d’un feu de camp sur lequel ont faisait griller quelques poissons. Un clin d’œil, un signe de tête puis, il s’est levé et il est parti vers les locaux du club, où se trouvaient les toilettes. Sur le chemin, il se retourna deux fois et, constatant que je le regardai, fit un signe de tête à nouveau. Je le suivis quelques instants plus tard. Il attendait à la porte du local et me dit :

— T’es homo toi, non ?

— Oui.

— Moi aussi. On baise ? Tu me plais. Je t’emmène ?

— D’accord ; il faudra me ramener chez mon Oncle ensuite.

— Pas de problème.

— Je le préviens que je rentre plus tard.

Je téléphonais à Oncle Pierre qui m’autorisa à rentrer vers minuit, et de ne pas oublier que je devais faire le nettoyage des blocs sanitaires avant 7 heures. Cela nous laissait deux heures ; avec la route en mobylette, nous aurions une heure et demi à passer ensemble. David (c’était son prénom) me tendit un casque et nous partîmes sur sa mob vers les bois séparant le lac de Soorts-Hossegor. Il s’arrêta dans un coin calme que manifestement, il connaissait. C’était une aire de pique-nique avec tables et bancs. Une pancarte rappelait qu’il convenait de laisser cet endroit propre et donc de remmener les déchets après le repas. Il faisait encore chaud, le soleil se couchait à peine mais personne ne se trouvait là pour prendre un repas. Le soir, c’était plutôt sur la plage que tout le monde se rassemblait.

Dès les casques enlevés, David m’enlaça et commença à m’embrasser. Nous étions peu vêtus : tee-shirt et short de surf. Ensemble nous enlevâmes nos tee-shirts que nous posâmes sur le banc proche de nous avant de nous enlacer à nouveau dans une étreinte plus longue et plus forte que la précédente. En bon soumis, je me mis vite à genoux et lui retirai doucement son short que je posai sur nos tee-shirts. Je commençais à jouer avec sa queue et ses couilles avec mes mains puis plus vite encore avec ma bouche. J’étais un peu déçu. Par comparaison avec Colas, son sexe était relativement petit. Mais je continuai à le sucer et, même si c’était sans excès, il se développait un peu. Il émettait de petits cris marquant la satisfaction et le désir de voir mon travail continuer. Très vite, son souffle devint plus saccadé et ses cris se transformèrent en petits gémissements. Je pensai bien qu’il n’allait pas tarder à jouir et, pour prolonger le plaisir, je ralentis mes efforts comme Colas m’avait si bien appris à le faire.

Pourtant, d’un coup, David retira son sexe de ma bouche et, violemment, me retourna. D’un geste brusque il m’obligea à me pencher en avant, le torse sur la table. Dans un geste tout aussi brusque, il descendit mon short et un coup de baskets sur chaque cheville m’obligea à lever chaque jambe pour qu’il enlève le short et à écarter les jambes. Il me tenait fermement une main sur mon dos pour que je ne puisse pas me relever et se mit à cracher dans son autre main. Il étala ce crachat sur mon cul et après y introduisit son doigt. Il parvint, non sans mal, à prendre un préservatif dans la poche de son short, et le plaça sur son sexe qu’il entra dans mon cul immédiatement après.

Sa pénétration me fit un peu mal mais, compte tenu de la taille de son sexe, cette douleur fut très passagère. Il commença alors à fait des va-et-vient dans mon cul, de plus en plus vite, la vitesse de mouvement allant de paire avec une respiration toujours plus haletante et des gémissements plus puissants. Quelques secondes plus tard, il s’arrêta presque de bouger en criant un râle. Deux coups sont encore venus plaquer ses hanches sur mes fesses, et dans le même temps il se retira. Aussi rapidement, sans plus vraiment s’occuper de moi, David retira le préservatif, y fit un nœud et le remit sans son étui. Il remit aussitôt ses vêtements, semblant me regarder avec étonnement et remit le préservatif dans sa poche. Je restai là, nu, jambes écartées, le torse sur la table, tête sur le côté et je le regardai faire avec le même étonnement.

— On rentre, dépêche-toi.

Je me relevai et je me rhabillai aussi vite que possible. Il me tendit le casque qu’il m’avait prêté, enfourchait aussitôt sa mob et mettait les gaz. Je m’installai derrière lui et nous partîmes. 20 minutes plus tard, il me déposait à l’entrée du terrain de camping d’Oncle Pierre et repartait sans un mot. Je restai là, à le regarder s’éloigner, véritablement ahuri. Je ne risquai pas d’être en retard, il était à peine un peu plus de 11 heures et quart. Je regagnai le vieux mobil-home que j’occupai près du bungalow d’accueil et je me couchai, toujours aussi étonné de ce qui venait de se passer.

Je ne trouvai pas le sommeil. Qu’avais-je mal fait ? Rien selon moi, au contraire. J’avais bien sucé, il avait bien bandé et lorsqu’il m’a retourné, devinant ce qui allait se passer, je n’ai rien dit. Un peu de fierté m’interdisait de dire que c’était mon dépucelage… et de toute façon je n’en aurais pas eu le temps. Entre notre arrivée sur l’aire de pique-nique et notre départ, moins de 15 minutes. Entre le moment où il a introduit son doigt et sa jouissance, pas plus de 5. En fait, le plus long avait presque été de placer le préservatif. Je ne pouvais rien faire de mieux. Et je n’avais ressenti aucun plaisir, pas même en suçant David ; cela avait été trop court. Quant à la pénétration, outre la douleur furtive, pas vraiment le temps de savoir si j’aimais ou non…

J’étais terriblement déçu. Je pensais que mon dépucelage serait une révélation comme l’avait été ma première fellation avec Colas. D’ailleurs, j’en avais alors joui spontanément. Mais ici, rien, nada. J’étais tellement dépité que je ne songeais même pas à me masturber. Je me relevai, je marchai un peu dans les allées du camping et je revins à mon mobil-home, toujours avec la même idée : je préfère la fellation, la sodomie, c’est pas intéressant. Je regrettai de ne pas pouvoir en parler avec quiconque, même pas avec Colas, si loin de moi et que je n’avais pas la possibilité de contacter, n’ayant ni téléphone ni même adresse. Je décidai pourtant d’écrire une lettre à Colas en racontant mon aventure. Je la lui donnerai à la rentrée. La lettre rédigée, je parvins à m’endormir. Et évidemment le lendemain, je n’étais pas en retard pour nettoyer les blocs sanitaires.

Dans l’après-midi, je revis David au club de voile. Il me dit bonjour, comme si rien ne s’était passé. Il avait l’air heureux alors que je trainais comme une âme en peine. Bref, j’étais certain que ce « truc » n’était pas pour moi. Et les vacances se terminèrent sur ce fiasco et cette déception.

La rentrée des troisièmes avait lieu un mardi. Dès le lundi matin j’étais arrivé au collège ; je retrouvais mon dortoir et mes camarades. Aussitôt, je demandais à voir le SG pour lui dire que je souhaitais reprendre des cours de math cette année encore et, si possible avec le même lycéen… Il n’y voyait pas d’inconvénient sous réserve de l’accord de Colas. Il me restait donc à attendre la rentrée des terminales prévue pour le jeudi. Dès le soir, je me rendis chez Colas qui avait, lui aussi, gardé la même chambre. Je frappai et j’attendis. La porte s’ouvrit.

— Ah, c’est toi. Bonjour. Tu veux quoi ?

— Savoir si vous seriez d’accord pour reprendre les cours de math.

Je parlais assez fort et j’utilisais le vouvoiement pour que, dans le couloir, ceux des élèves qui viendraient à passer ne s’étonnent de rien.

— Oui pas de problème si le SG est d’accord.

— Il l’est si vous êtes d’accord aussi.

— Parfait, donc on commence la semaine prochaine. Je vais m’occuper de fixer un emploi du temps compatible avec le tien et le mien.

Regardant si personne ne pouvait me voir à l’instant même, je sortis de ma poche la lettre écrite à Hossegor et la lui tendis. Il la prit et la fourra dans sa poche rapidement. Je reculais et dis :

— Merci. À bientôt.

Et je repartis aussitôt. Le mardi suivant, le nouveau délégué de classe, Alexandre, me remit l’autorisation du SG avec l’emploi du temps de mes cours de math du premier trimestre. Le premier cours était prévu le jeudi à 16 heures. Inutile de dire que je ne dormais pas pendant deux nuits et que j’étais à 16 heures précises devant la porte de Colas. Je frappais et le mot « Entre », prononcé avec énergie répondit sans attendre.

Une fois entré, je refermais la porte ; Colas me fit signe de prendre place sous son bureau. Je laissais mon cartable sur le côté du bureau, à la même place que l’année précédente. Je retrouvais vite mes habitudes et je commençais à m’occuper de lui pour, selon les ordres reçus, 40 minutes de fellation et 5 minutes pour le faire jouir. Moins d’une heure, j’étais un peu déçu mais je me pliais à ces exigences.

Après avoir joui dans ma bouche comme d’habitude, Colas me dit :

— Sors de là, assieds toi sur la chaise et attends.

Il alla dans la salle de bain attenante et revint deux minutes plus tard. J’étais assis sur la chaise que j’avais tournée de façon à ne pas voir Colas. Je ne savais ce qu’il voulait. Je fermais les yeux aussi en attendant qu’il me donne des ordres.

— C’est bien, reste comme ça et écoute moi. Ne réponds que lorsque je te le demanderai. J’ai lu ton courrier. Je comprends ce que tu ressens. Mais je te préviens tout de suite, si tu attends que je te sodomise, pas question. Je suis passif et seulement passif. C’est pour cela aussi que je comprends ta frustration. Je ne sais pas si tu es actif ou passif mais comme tu es très soumis, je pense que tu es passif comme moi. Donc je ne peux rien faire pour toi pour l’instant. On met les choses au point. Ou on continu comme l’an dernier et je te forme à la soumission de mieux en mieux mais sans te faire jouir autrement qu’en te suçant ou en te branlant ou, si tu cherche autre chose, on arrête tout de suite. Moi, très égoïstement j’aime bien ce que tu me fais donc j’ai envie que tu continues mais si tu veux arrêter, c’est ok. On trouvera une solution pour le SG et les maths. Pour moi tu n’es qu’un passe-temps, rien de plus… je ne cherche pas à me lier avec un mec. Et en tous les cas pas avec toi. T’es sympa, obéissant et tu me donnes un plaisir plus agréable que la masturbation mais ça s’arrête là. Compris ? Réponds.

— Oui.

— Oui quoi ? Tu as le droit de t’exprimer, profite.

— Oui on continue comme l’an dernier, ça me convient parfaitement.

— Ok, je comprends que cela te fasse de la peine, mais tu dois comprendre. Il y a trop de différences entre nous ; tu auras encore trois ans à passer ici quand je serais en fac… et deux passifs ensemble ça ne donne rien.

— Oui, je suis d’accord.

— Ok. Pour le reste, je veux bien te faire deux propositions. La première. Si j’ai mon bac et toi ton brevet, avec l’accord de mes parents, on partira en vacances tous les deux chez mes grands-parents en juillet comme je le fais chaque année. Là-bas, j’ai un copain homo et actif qui encule magnifiquement. C’est lui qui m’a déniaisé. Tu verras alors si ça te plait ou non d’essayer avec lui. Tu as le temps de réfléchir. La seconde. Je vais t’aider à trouver un mec avec qui tu pourras « jouer » l’an prochain si tu en as envie… j’espère ne pas redoubler ma terminale. Réfléchis à mes deux propositions tranquillement, il n’y a pas d’urgence. Dans quelques semaines mais avant la fin du trimestre, tu me donneras un mot avec les deux réponses aux deux questions, dans l’ordre : oui/oui, oui/non etc. OK ?

— Je ne peux pas répondre tout de suite ?

— Non réfléchis bien ; je préfère. Je te promets de ne pas changer d’avis. Dernière chose, selon moi, David est un con… trop jeune et trop impulsif. N’oublie jamais la règle : « Calme-toi ; respire ». C’est essentiel pour profiter de la baise au mieux… Il faut jamais s’énerver, quelque soit le rôle qu’on tient et encore plus pour les actifs et les domis. Les mecs nerveux et colériques, tu fuis. N’oublie jamais ça.

— Ok, merci, je m’en souviendrais.

— Bon, maintenant file. Le cours est fini. Si tu veux, on se revoit samedi après le match. Cette année je reste le Week-end à l’internat pour réviser mon bac tranquille… il faut me donner du courage.

— À samedi.

— Bien et maintenant on revient au silence absolu. File.

Je me levais et en m’arrangeant pour ne pas le regarder en face, je partis en récupérant mon cartable sur le côté du bureau. Je rentrai dans mon dortoir sans même penser à passer par les toilettes collectives pour me branler ; j’étais trop triste. Je ne sais pas si j’avais eu l’espoir que Colas me sodomise. Mais je ne m’attendais pas à ce que, aussi crument, il me dise que je n’étais pour lui qu’un « passe-temps » ; j’avais eu envie de croire, jusque là, qu’il avait des sentiments pour moi mais en dehors du fait que je lui permettais de jouir agréablement, je découvrais que je ne représentais rien pour lui et cela m’affectais terriblement. Même si je ne suis pas sûr de pouvoir dire que, moi, j’aimais Colas, je pense que, alors, je croyais connaître ce jour là mon premier chagrin d’amour. J’aimais bien ce qu’il me faisait, mais je ne le connaissais pas plus que cela pour pouvoir réellement dire qu’il était plus qu’un flirt agréable. Reste que j’étais triste et que j’ai mis quelques jours à m’en remettre. Il a du le sentir le samedi même car, à la fin du jeu, il me dit.

— Tu n’étais pas dans le trip aujourd’hui. Il faut te ressaisir, sinon j’arrête tout.

— Pardon, je te demande pardon.

— Et le silence imposé… Je te punirais la prochaine fois ; file.

Et le trimestre se passait, malgré tout, avec deux rencontres par semaines. Je retrouvais les plaisirs de l’année précédente et, peu à peu, je commençais à mieux comprendre les choses. Colas alternait les séances : certaines pendant lesquelles je ne faisais rien d’autre que de m’occuper de lui, sans pouvoir jouir ; les autres pendant lesquelles je ne devais pas jouir avant son ordre, qu’il me masturbe ou me suce. Chaque fois, Colas ajoutait une difficulté qu’il s’agisse d’une position inconfortable pour le sucer, de devoir sucer aussi ses baskets, ses chaussettes ou ses pieds, de porter des pinces à linge aux seins, aux couilles, ou au sexe pendant que je le suçais ou qu’il me suçait, chaque fois un nombre de pinces en croissance régulière. Lorsque je l’avais mérité, je recevais une punition.

Juste avant la fin du trimestre, un jour de records absolu (40 pinces sur les couilles et le sexe), je déposais, sur son bureau, en partant, la réponse aux deux propositions qu’il m’avait faites : oui/oui. La séance suivante, je trouvais une enveloppe à mon nom là ou j’avais laissé la mienne trois jours auparavant. Je la prenais en partant et lisais dès que j’eue fait quelques pas dans le couloir. Il était indiqué. « Je m’occupe de tout ; soit patient et continu comme tu le fais actuellement. Révise aussi ton brevet ».

C’est aussi durant ce semestre que je devais faire trois découvertes qui allaient bouleverser ma vie.

L’année précédente, ayant convaincu le professeur de musique, j’avais pris des leçons de piano chaque semaine. Je jouais toujours du baroque. J’avais délaissé les « Inventions » pour les « Partitas » et, surtout, pour « l’Art de la fugue ». Sans être très doué, je parvenais à ne pas massacrer ces partitions et à leur donner un vrai sens sur le piano. Quelques jours après les vacances de toussaint, le professeur de piano me mit devant les yeux une partition nouvelle : la partie de clavier du second mouvement du concerto pour clavier en fa mineur de Bach.

— Vous pourriez apprendre cela pour la fête de Noël ? Je voudrais le faire jouer par l’orchestre de l’établissement et ne pas être obligé de tenir la partie de piano.

Je me lançais dans le déchiffrage de ce morceau que je n’avais jamais entendu… et après 15 minutes de tâtonnement, je parvenais à jouer sans erreur ce passage d’une sublime beauté. Dès que j’eue terminé, le professeur mettais un CD en marche et j’écoutais ce morceau avec l’orchestre qui, il est vrai, dans ce mouvement a un rôle assez secondaire, un simple pizzicato de cordes. L’écoute achevée, je reprenais le mouvement au piano.

— C’est un bon début. Vous n’avez jamais joué avec un orchestre ?

— Non, jamais, Monsieur.

— Dès que vous pensez suffisamment connaître la partition, venez aux répétitions le dimanche matin.

Je ne pouvais plus détacher mes doigts du piano. J’apprenais le mouvement demandé en 2 jours et, comme je disposais de toute la partition, je me lançais dans les deux autres mouvements, plus techniques mais maîtrisables. Fin novembre je connaissais le concerto en entier par cœur. Le dernier dimanche de novembre, je me rendais aux répétitions.

— Ca va, Monsieur L…, vous êtes enfin prêt ? Nous vous espérions plus tôt.

— Oui, Monsieur, excusez-moi. Je suis prêt.

— Bien, jouez seul et on cale l’orchestre ensuite.

Je commençais donc à jouer seul, mais à jouer le premier mouvement avant de faire suivre le deuxième ; je jouais de tête et pratiquement sans aucune faute, dans un silence total. À la fin, de l’adagio, je notais l’étonnement de tout le monde, professeur y compris.

— Mesdames, Messieurs, il ne reste plus à l’orchestre qu’à apprendre le reste de la partition… Vous jouez aussi le dernier mouvement, Monsieur L… ?

— Oui Monsieur, mais je butte encore sur quelques traits et mon tempo est un peu lent.

— Montrez nous ; le concerto entier, s’il vous plait.

Le professeur se mit au second piano qui se trouvait dans la salle et m’accompagna en jouant la réduction de la partie de basse continue et cordes du concerto. Nous jouions le concerto entier et sans difficulté sauf pour quelques trilles difficiles du presto final malgré un tempo plus lent, disons « allegro ma non tropo » ; nous jouions le concerto tout entier, applaudis tous les deux par l’orchestre des élèves. Évidemment, la nouvelle se répandit très vite dans l’établissement. Je passais de l’anonymat à la lumière par la musique. Je venais de découvrir le plaisir de jouer de la musique avec d’autres, d’autres solistes ou un orchestre. Ce plaisir ne devait plus me quitter. Les concertos baroques pour clavier devenaient ma passion et je décidais de jouer l’ensemble des concertos de Bach.

Je dois à la vérité de dire que, plus tard, j’ai commencé à apprécier d’autres concertos, classiques ou romantiques. Si je peux jouer à peu près correctement certains concertos classiques (Mozart, Haydn et, moins connu, Viotti dont le concerto en sol mineur que le compositeur a, semble-t-il, transcrit d’un de ses concertos pour violon, est adorable), je suis incapable d’interpréter un concerto romantique, même Beethoven, que j’aime tant. Pourtant, il y a un concerto spécial pour moi : j’essaie toujours d’apprendre le « Rach 3 », le monument absolu de l’art pianistique. Même si je le massacre totalement (y compris dans une version « simplifiée »), il me permet de changer de monde. Il faut dire que ce concerto évoque aussi pour moi un autre moment fort de ma vie : la découverte, pendant l’année de seconde, du film « Shine ». On y raconte la vie d’un pianiste (David Helfgott) qui interprète le « Rach 3 » avec tellement de passion qu’il en devient l’œuvre elle-même et qu’il sombre dans la folie lors d’une prestation au Royal Albert Hall. Helfgott guérira et rejouera le concerto en concert, y compris dans la salle londonienne où il fut applaudi par une foule enthousiaste. C’est sans doute pour cela que je veux jouer aussi ce concerto. J’ai compris que certaines choses pouvaient rendre fou si on les fait avec passion. Bach, peut-être ; le sexe probablement ; le sexe SM sûrement. Mais j’ai aussi appris que l’on peut en guérir. Lorsque je sens que je vais sombrer et que je ne maîtrise plus mes pulsions, je reprends le « Rach 3 » et je joue, je joue, je joue, jusqu’à tomber du tabouret… Rachmaninov (Helfgott ?) me remet les idées en place et me rappelle à la réalité. Pourtant Rachmaninov doit trouver que son œuvre ne mérite pas un tel traitement.

C’est encore pendant ma troisième que j’ai découvert Montherlant. Lors d’une sortie en ville, une librairie avait fait une vitrine avec toutes les œuvres de l’écrivain. L’une m’attira particulièrement par son titre : « La ville dont le prince est un enfant ». Ne pouvant acheter ce texte, je me précipitais à la bibliothèque du collège, commune avec celle du lycée. Évidemment ce titre ne figurait pas dans le catalogue. Mais les bibliothécaires ne peuvent pas penser à tout : l’édition de « La Pléiade » consacrant un volume au « Théâtre » de Montherlant, je pouvais lire cette pièce sans que personne ne s’en rende compte. Des notes de bas de pages me conduisaient ensuite à me précipiter sur les « Romans » et à lire « Les garçons », qui raconte la même histoire avec plus de détails pourtant… Je découvrais que l’amour entre jeunes garçons était aussi quelque chose qui pouvait être beau et qu’il était aussi possible de le raconter. Depuis, je dois avoir avalé tous les romans relatifs à l’homosexualité… de Roger Peyrefitte à Michel Tremblay en passant par Michel Tournier. Il m’amuserait d’ailleurs, un jour, d’en faire la liste. Mais c’est Montherlant qui reste pour moi la fascination absolue. Non seulement par l’écriture que je trouve admirable mais aussi par sa mort, son suicide, chose qui depuis longtemps déjà m’obsède. Qui m’obsède tant que, parfois, je dois massacrer le « Rach 3 » pour ne plus y penser.

C’est enfin en troisième également que je découvrais l’opéra et cette fois encore avec l’aide de mon professeur de musique. Un jour où je lui demandais s’il pensait que le collège pourrait un jour avoir un clavecin, il me répondit :

— Le Baroque, ce n’est pas que du clavecin ! Avez-vous déjà écouté des opéras baroques ?

Évidemment non. Pour moi, chanter c’était d’une part, ridicule, d’autre part catastrophique. Bon claveciniste, pianiste correct, j’avais une bonne oreille mais je chantais mal. Il paraît que personne ne chante faux. Sans doute et je ne chantais pas faux, mais je ne savais pas placer ma voix ; il valait mieux donc que j’évite de chanter… même comme Gould, en jouant Bach. Par ailleurs, le chant, s’était pour moi la chanson et j’ai déjà dit que ma culture en la matière était limitée à… Michel Sardou.

Devant mon air dépité, le professeur plaçait un CD dans un lecteur et sélectionnait un passage. Une voix grave entamait un air rapide et magnifique, une partition typique de la musique baroque, avec toutes les particularités que j’aimais dans celle-ci : contrepoint parfait et polymélodie. J’étais transporté… Il me tendait alors la réduction pour piano correspondant à l’œuvre ; je la déchiffrais rapidement, c’était "somme toute" assez simple et à la troisième lecture, le professeur se mit lui-même à interpréter l’aria que nous venions d’entendre. Je ne devais plus jamais cesser d’écouter de l’opéra. Du baroque certes (Haendel, Vivaldi) mais aussi du classique (Mozart que je découvrais par son « Cosi »), du romantique (Cherubini, Verdi) jusqu’au vérisme (Catalani, Giordano).

Je ne chante toujours pas, mais je suis un véritable fanatique… Et cet amour de l’art lyrique, je le dois à cet air du Tamerlano de Haendel : Nel mondo e nell’abisso, io non pavento tutto l’orror entendu et joué pendant mes cours de piano en troisième, grâce à un professeur de musique que je remercie encore de m’avoir donné ce plaisir.

Tout se mélange dans ma tête. Les notes de Bach et de Rachmaninov, les images de David Helfgott, les images imaginées du double suicide de Henry de Montherlant, et une voix qui me crie en italien « je ne crains pas l’horreur ». Un rêve ? Un cauchemar ? Et une voix qui s’ajoute, s’amplifie et domine ces échantillons de vie :

— Debout, bâtard… DEBOUT.