Naissance d'un soumis (08)


Naissance d'un soumis (08)
Texte paru le 2015-04-17 par Yosh Leclerc   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : Naissance d'un soumis

C’est encore à Colas que je dois de tant aimer le travail du cul et la sodomie. Plus exactement c’est à lui que dois d’avoir connu celui qui m’a fait adorer ces pratiques. La somnolence qui me gagnait peu à peu dans ce lit froid où je ressassais mon échec avec mon Maître me ramenait tout doucement vers mon collège et ma troisième mais surtout vers les grandes vacances qui concluaient cette année pendant laquelle, les révisions de Colas pour son BAC et les miennes, bien moins intenses, pour mon brevet, avaient réduit le rythme de nos rencontres. Colas m’avait fait connaître un élève de seconde, du même âge que moi et qui aimait, comme moi sucer et être sucé (mais pas seulement). À l’époque, la fellation était reine. Parfois nous nous voyions à trois pour une « petite orgie » comme nous l’appelions. Bryan (c’était le prénom de ce nouvel ami) était un dominateur rentré qui n’osait pas s’affirmer, du moins dans les premiers temps. Colas lui avait montré comment faire avec moi et il commençait à y trouver du plaisir. Comme Colas, il m’imposait progressivement des délais pour jouir ou le faire jouir, me mettait des pinces sur les seins, m’obligeait à tenir des positions difficiles.

Colas avait ainsi tenu la première partie de sa promesse : me faire connaître un mec qui le remplacerait pour « jouer » avec moi lorsqu’il aurait quitté le lycée après son BAC. Bryan et moi, nous jouerons pendant trois ans (Bryan à doublé sa Première ; il avait été gravement blessé dans un accident de mobylette l’obligeant à rester presque quatre mois à l’hôpital).

Mais ce qui me reste en tête de cette période, ce sont surtout les grandes vacances, autre promesse de Colas. Vers Pâques, il me confirmait que ces parents étaient d’accord pour qu’il m’emmène en vacances en juillet chez ses grands-parents dès lors que nous avions tous les deux réussit nos examens respectifs. Les parents de Colas ont donc informé le collège de cette possibilité et mon oncle a accepté. La chose était donc de plus en plus probable et, au fur et mesure que les jours de mai passaient, je ne pensais plus guère qu’à cette perspective. J’eue mon brevet (mais il n’y a pas vraiment de mérite à cela) ; le 5 juillet, Colas obtint son bac avec mention « Très Bien ». C’était un vendredi ; une fête était organisée par les terminales pour tous les lycéens ; les élèves de troisième encore dans l’établissement pouvaient y participer. Le samedi, après un réveil difficile, nous faisions nos sacs ; le grand-père de Colas devait nous prendre à 15 heures.

Il fallut presque 4 heures pour arriver dans le village cévenol dans lequel les grands parents de Colas s’étaient installés pour leur retraite. Dans un hameau, « Les Adrets » (terme qui désigne un hameau situé sur le côté ensoleillé d’une montagne), à 1 kilomètre du village, ils possédaient une veille ferme dont plusieurs bâtiments avaient été transformés en chambre d’hôtes. Ils y recevaient des voyageurs qui, le soir, profitaient, s’ils le voulaient, d’un repas campagnard autour de la table commune. Un des bâtiments avait été rénové pour accueillir la famille et en particulier les parents de Colas qui y séjournaient en août. Avec Colas nous nous installâmes dans ce bâtiment mais uniquement au premier étage, chambres et salle de bain. Il était convenu que nous prendrions tous les repas avec les grands-parents pour ne pas déranger tout le bâtiment. En échange, comme je le faisais à Hossegor, nous avions promis d’aider les grands-Parents pour l’entretien extérieur de la propriété.

Le village était petit, perdu dans la montagne, mais il pouvait constituer un magnifique point central pour ceux qui aimaient la randonnée. C’était donc le plus souvent des marcheurs qui faisaient halte chez les grands-parents de Colas. Une autre ferme du même hameau, elle aussi occupée par un couple de retraités, proposait le même service. C’est là qu’Antoine, le petit-fils des propriétaires, passait ses vacances depuis plusieurs années. En juillet donc, Antoine et Colas se retrouvaient, chaque année, pour des vacances assez « libres » puisque leurs parents respectifs n’arrivaient qu’en août. La grand-mère de Colas, qui avait préparé le repas du soir pour ses hôtes et, pour la circonstance de notre arrivée, avait invité Antoine à se joindre à nous pour le dîner. Il était arrivé au hameau depuis 3 jours. Etudiant en première année de biochimie, ses examens s’étaient terminés plus tôt.

À 19 heures 30, tous les hôtes attendus étaient arrivés. Colas et moi avions porté nos sacs dans nos chambres (deux chambres voisines et communicantes) ; nous étions tous dans la salle commune attendant que le repas soit servi ; un orage violent provoqué par la chaleur étouffante, nous privait de pouvoir manger sur la terrasse de la maison qui offrait pourtant une vue magnifique sur la vallée et la rivière en contre bas. Certains des hôtes et Colas buvaient un peu de gentiane maison ; j’avais décliné la proposition d’y goûter dès lors j’évitais l’alcool qui avait tendance à trop me délier la langue. En revanche, j’appréciai le jus de sureau que la grand-mère m’avait servi et qui, lui aussi, faisait parti des productions de la ferme. Colas, et c’est bien naturel, était près de sa grand-mère et parlait avec elle ; me voyant seul, son grand-père s’était senti obligé de venir me tenir un peu la conversation mais il ne savait pas vraiment quel sujet aborder. Colas leur avait sans doute dit qu’elle était ma situation familiale et je voyais bien les efforts que faisait le grand-père pour éviter tout sujet pouvant amener à parler des parents.

Et la porte de la pièce commune s’ouvrit. Un grand garçon, musclé, au visage poupon, cheveux bonds et yeux verts entra alors dans la pièce avec un sourire magnifique. À cet instant, j’ai compris. Mon regard s’étant tourné vers Colas, je vis dans ses yeux tout le bonheur du monde. Colas venait de changer devant moi. Celui qui me donnait des ordres et faisait de moi ce qui lui plaisait de faire, était devenu le docile amant de l’inconnu qui entrait à l’instant. La grand-mère de Colas salua cette entrée d’un :

— Bonsoir Antoine. Tout le monde est là ; on peut passer à table. Xavier (son mari), installe nos hôtes et Colas, présente Antoine à Yosh !

Le regard de Colas n’avait pas quitté celui d’Antoine et tous les deux s’avançaient l’un vers l’autre. Ils se serraient la main, mais je remarquais que cette poignée de main était particulière, longue et même ambiguë. Je comprenais qu’elle se substituait, du fait du public, à ce qui aurait du être un baiser.

— Antoine, voilà Yosh, le collégien dont je t’ai parlé et qui va rester avec nous trois semaines.

Nous échangeâmes des « bonjours » et des poignées de mains ; Antoine était jovial et ne semblait pas voir dans ma présence une quelconque incongruité. Nous passâmes à table et dînâmes fort bien, trop sans doute. La soirée s’annonçant chaude, tout le monde se retrouvait sur la terrasse pour le café ; la pluie avait cessé mais tout était encore mouillé. Antoine vint près de moi et dit

— Avec Colas on va faire un tour ; tu veux venir ?

Je sentis que je devais répondre « non » et c’est ce que je fis prétextant d’une forte fatigue et d’un léger mal de tête. Colas vint vers moi et tout bas.

— Merci. Attends nous dans ta chambre, on ne rentrera pas tard ; on va parler.

Deux heures plus tard, on frappait à la porte de ma chambre et sans attendre la réponse, Colas et Antoine entrèrent ; ils avaient dans les mains quelques bouteilles de jus de fruits et des verres. Ma chambre disposait d’une petite terrasse donnant sur la montagne. Nous nous y installâmes. Colas servit les boissons et après un silence assez long, c’est lui qui commençât.

— Merci de nous avoir laissé seuls tout à l’heure. C’est sympa. Ici personne ne sait rien de nos relations. Mais tu as compris sans doute ; Antoine et moi, on s’aime.

Tous les deux affichaient à cet instant le même sourire de bonheur.

— Oui, j’ai vite deviné. Je n’aurais pas dû accepter de venir ici. Je vais repartir demain ; il doit y avoir des trains pour Hossegor. En prévenant mon oncle, il n’y a aura pas de problème.

— Non pas question. C’est pour cela que je veux qu’on discute. Antoine connaît les relations que j’ai avec toi au lycée et il n’est pas jaloux ; il sait qu’il n’a pas de raisons de l’être. Honnêtement, tu vas même nous servir d’alibi pour multiplier les promenades en montagne sans trop éveiller les soupçons. On a mijoté ça l’an dernier. En échange de ton silence et de ton aide même, Antoine va te faire découvrir le plaisir de la sodomie et on va « jouer » à trois le plus souvent possible. On adore cela et tu es exactement ce qu’on recherche comme partenaire. Mais bon, parfois on va te laisser seul. On va aussi utiliser ta terrasse… pour qu’Antoine puisse me rejoindre la nuit ou pendant la sieste. On peut compter sur toi ?

— Je ne sais pas. Peut-être. En tous les cas je ne dirais rien évidemment. Mais…

—Pour cette nuit tu es ok ? Antoine va rentrer chez ses grands-parents et revenir dans une heure. Il repartira par ta chambre vers 6 heures du matin.

— OK.

— Et demain après la sieste, on ira te faire découvrir les merveilles cévenoles.

— On verra.

Et Antoine ajouta.

— Merci, Yosh.

Nous rentrâmes. Je voyais bien que Antoine et Colas étaient interloqués par ma réaction. Ils repartirent ; je me couchai, en short, moi qui n’aime pas cela, laissant la porte fenêtre donnant sur la terrasse entrouverte. Une heure plus tard, Antoine se faufilait devant mon lit ; je faisais semblant de dormir. Il passa dans la chambre de Colas.

J’étais fatigué et un peu en colère quand même. Ce n’est pas le rôle qu’on me demandait de jouer qui provoquait mon énervement mais le fait que Colas ne m’ait rien dit avant. Peut-être avait-il eut peur que je refuse. En plus, que tout cela ait été, en quelque sorte, programmé l’an dernier par les deux amants, me faisait de la peine. Le matin au petit déjeuner, Colas remarqua que je faisais la moue. Lorsque nous fûmes seuls, dans la cour, il entrepris de me parler.

— Yosh, je suis désolé. On a été maladroit Antoine et moi. Je comprends que tu sois en colère mais, on ne pensait pas à mal. On veut vraiment te donner l’occasion de passer des vacances agréables. C’est vrai qu’on a combiné le coup pour se servir de toi. Mais, je t’assure, si on l’a fait c’est parce que j’ai dis à Antoine qu’on pouvait avoir confiance et que tu es quelqu’un de formidable. Alors, s’il te plait, on te demande pardon. On est venu te voir cette nuit pour en reparler ; mais tu dormais et on n’a pas voulu te réveiller. On s’est bien rendu compte qu’on avait fait une connerie et que, hier soir, on avait été de vrais salauds. S’il te plait pardonne nous.

— Tu aurais du me le dire ; je pense que j’aurais accepté de venir quand même. Je veux bien essayer de rester un peu. Mais je tiens pas non plus à être qu’un alibi. Tu vois, je sais qu’entre nous il n’y a qu’une relation de sexe mais je pensais qu’on pouvait malgré tout être des amis et qu’entre amis on ne se cache rien. Je ne suis pas venu seulement pour me faire enculer et rester à tenir la chandelle.

— On est des amis et, je te le redis, avec Antoine on a pas fermé l’œil de la nuit et même pire, si tu vois ce que je veux dire. On se sent coupables. Je comprendrais que tu veuilles partir mais attends quelques jours, on va essayer de réparer les dégâts. On a été vraiment cons et égoïstes. Encore une fois pardonne nous s’il te plait.

— OK. On en parle plus pour l’instant.

Nous repartîmes vers nos chambres et là, dans le couloir, Colas fondit en larmes dans mes bras. Il était sincèrement désolé. Je décidai de ne pas surjouer le dépit et ne sachant pas vraiment ce qu’il attendait de moi, je le serrais fort :

— Yosh, on reste amis ?

— Oui. De vrais amis ne se disputent pas pour une connerie.

— Merci. On va passer des vacances formidables, tu verras. Viens, ce matin, on ne fait rien. On va à la rivière. Prends des affaires de bain.

Et, en me serrant encore plus, il m’embrassa fougueusement comme il l’avait plus fait depuis notre première rencontre. Conscient sans doute des limites à ne pas franchir à cet instant et bien qu’il ait certainement remarqué le début de turgescence que ce baiser avait provoqué, il relâcha son étreinte en disant :

— Je prends les serviettes de bain et la crème solaire pour tous les deux.

Nous descendîmes dans la vallée. Près d’un pont romain, la rivière d’abord encaissée dans une petite gorge, s’élargissait en une plage de galets, où les familles avec leurs enfants commençaient de s’installer pour passer la journée. Une fois le pont franchi, Colas m’emmena dans un coin connu des seuls habitués tant il était difficile d’accès par un sentier étroit passant dans la gorge presque 10 mètres au dessus de la rivière. Nous nous retrouvions, seuls, sur une plage minuscule, en plein soleil mais à l’abri des regards. Colas monta sur un petit rocher et plongea ; je l’imitai aussitôt, manquant presque d’étouffer en entrant dans l’eau. Habitué à l’océan, dont on dit pourtant qu’il est froid, je n’imaginais pas que l’on puisse se baigner dans une eau aussi glacée. Je poussais un vrai cri d’épouvante qui provoqua le rire de Colas.

— Ça réveille, hein ?

— Putain, mais c’est gelé.

Je me retourne, saisi par le froid. Colas m’obsède ; il aurait dû être plus sévère avec moi pour que je puisse ne jamais jouir quand je n’en ai pas le droit. Je revis ma bêtise et elle me fait honte ; je fais honte à Colas. Je suis encore tout mouillé. Je ne sais plus si c’est la rivière ou la sueur qui mouille mon corps ; j’ai l’impression de dégouliner et je suis transi de froid. Je me retourne encore. Le maître est là qui me regarde ruisselé et me menace avec son doigt. Je me sens tout penaud, triste et inquiet. J’ai froid, l’eau est glacée. Je me retourne encore et je vois Colas qui me tend une serviette en riant. Je me sens mieux et j’arrête de me retourner.

Nous avons passé la matinée à la rivière et vers 11 heures 30 entreprîmes, sous un soleil de plomb, notre remontée vers Les Adrets. Nous y arrivâmes à midi et quart ; j’étais épuisé. Une salade gourmande avec du jambon de pays et du Jésus (gros saucisson sec) nous attendait sur la table de la terrasse. Avec les grands-parents de Colas nous mangeâmes rapidement ; je racontais ma réaction face au bain glacé ce qui entraîna le rire du grand-père. Vers 13 heures, chacun se retira pour profiter du moment béni de la sieste. Colas et moi repartîmes vers nos chambres et, en entrant dans la sienne, il me dit.

— T’es vraiment un type formidable ; je suis content de t’avoir connu. Repose toi bien, tu en auras besoin. On se prépare à 14 heures pour partir à la demie. Mets tes meilleures chaussures et un truc sur ta tête.

Je dormais trop et trop fort. Le réveil à 14 heures fut difficile. Colas dut frapper longtemps à la porte de communication entre nos chambres pour obtenir mon réveil. Quelques minutes avant le départ, Antoine nous rejoignit et tous les trois, nous nous mîmes en route, casquette sur la tête et sac sur le dos avec gourdes et en-cas, pour Payreplane.

Payreplane est un autre hameau du village. Colas me l’avait montré le midi depuis la terrasse des Adrets. À vol d’oiseau, il n’y a pas plus de deux kilomètres ; on voit quelques maisons de pierres sur la montagne d’en face, plus haut que le village et que les Adrets eux-mêmes. Mais pour y arriver, il faut descendre à la rivière, passer devant le pont romain sans l’emprunter et franchir la rivière en amont sur un autre pont et ensuite remonter longtemps, à travers une forêt de châtaigniers, par un chemin de muletier. Des Adrets, il faut compter près de deux heures de marche et, malgré l’ombre prodiguée par les arbres, on crève véritablement de chaud dans les derniers lacets du sentier. On comprend pourquoi le hameau est inoccupé depuis plus d’un siècle, ses maisons laissées à l’abandon et les terrasses envahies de végétation sauvage. De temps en temps, un pied de vigne est encore visible entre les ronces, montrant que les terrasses étaient, autrefois, cultivées. On pense tout de suite à « La Montagne » de Jean Ferrat qui, il est vrai, vivait à moins de 15 kilomètres d’ici, dans une autre vallée.

En arrivant à Payreplane, deux choses frappent le promeneur. D’abord le paysage, magnifique, avec une vue sur la vallée, vers l’aval, s’étendant sur des kilomètres. Ensuite, un sentiment de désolation comme après un cataclysme. Les maisons en pierres, aux murs épais, sont souvent éventrées et n’ont plus de toit. Le lierre s’accroche partout, tord les dernières poutres encore visibles, s’insinue entre les pierres et les arrache des murs. Et pourtant, au milieu, dans un grand bassin de basalte, une source continue d’apporter une eau fraîche et pure qui nous permet de remplir nos gourdes, vidées pendant la montée. Nous nous asseyions pour profiter du panorama et après quelques minutes de repos, Antoine dit :

— Viens voir.

Derrière un bâtiment en ruine, caché du sentier par des sureaux, un tout petit bâtiment, ressemblant, si ce n’est la taille, à un buron, reste intact. Les murs ne sont pas abîmés, les lauzes sont toujours posées sur la charpente de châtaignier que la « chareyre » centrale (poutre maîtresse en occitan) soutient. Antoine dégage un peu l’accès et apparaît alors une porte en bois, rafistolée récemment. Il la pousse et donne ainsi l’accès à une pièce qui a pu servir de grange ou de bergerie. Une vieille table de camping et quelques quatre chaises pliantes en bois sont cachées derrière des fagots de branchages. Antoine et Colas les sortent et les installent sur une petite terrasse pratiquement invisible, située derrière le buron. On déballe alors le contenu de nos sacs pour prendre un bon goûter que la montée vers ce lieu perdu, loin de tout, a rendu plus que nécessaire. Après s’être ainsi sustentés Antoine et Colas me font signe de les suivre encore un peu plus loin. Là, parmi les châtaigniers, une petite clairière se découvre. Le soleil, à cette heure de la journée, parvient à filtrer à travers les frondaisons et réchauffe la mousse qui couvre la clairière. L’appel de la nature est trop fort. En un instant mes deux amis sont nus et s’enlacent, en me regardant :

— Qu’est-ce que tu attends ?

Mon tee-shirt et mon short rejoignent les leurs, posés en tas sur une souche. Pour la première fois de ma vie, je me retrouve nu, au milieu des montagnes, en train de m’amuser avec deux autres mecs nus qui sont déjà entrain de se caresser et de s’embrasser. C’est Colas qui, dès que j’ai jeté mes vêtements, vient me chercher et m’entraine dans le jeu. Je ne peux pas m’empêcher de chercher aussitôt à avaler sa queue en me mettant à genoux sur la mousse, provoquant chez Antoine une remarque amusée :

— En plus il est gourmand !

Comme il s’approche pour embrasser Colas, je commence à le branler puis, quelques instants plus tard, j’alterne. Antoine est surpris mais très vite, je sens que sa queue se raidit et qu’il apprécie l’action de ma bouche et de ma langue. Colas s’en rend compte :

— Alors, tu vois que j’avais raison ; il suce bien, mon soumis !

Je suis assez fier de cette remarque. Oubliées les fâcheries d’hier et la gueule faite au petit-déjeuner ; le désir prend le dessus et le monde extérieur s’évanouit dans une orgie de baisers, de caresses et de gémissements. Nous sommes bientôt tous les trois allongés sur la mousse. Chacun en suce un autre, lui pince les seins, l’embrasse, lui donne une petite tape sur les fesses, tire les cheveux ou tient la tête qui le suce pour qu’elle avale son sexe jusqu’au plus profond qu’il est possible. Puis, insensiblement, pendant ces jeux, Antoine commence à s’intéresser à mon cul. Colas le remarque et me demande de le sucer sans m’arrêter mais avec interdiction de le faire jouir. Je dois donc concentrer mes pensées sur ce que je fais pour, chaque fois que je sens que Colas va éjaculer, ralentir ou même arrêter un instant le travail de ma bouche et de ma langue. Je suis tellement occupé que je ne pense pas vraiment à mon cul. Je sens bien qu’un liquide un peu gras et frais tombe entre mes fesses et qu’Antoine me caresse l’anus doucement pour y étaler le lubrifiant. Mais je pense tellement à ce que je dois faire moi-même pour donner du plaisir à Colas que, lorsqu’il commence à introduire l’un de ses doigts dans mon fondement, je le sens à peine. Et il commence à jouer avec ce doigt, le tourner, le sort, le rentre à nouveau lentement puis, plus vite. Puis se sont deux doigts qui, sans que je m’en rende vraiment compte, me pénètrent ainsi. Une pause, un léger bruit indiquant qu’Antoine fouille son sac et il revient vers nous et s’agenouille près de Colas qui ouvre la bouche et commence à sucer Antoine. Sa queue est maintenant parfaitement raide, grosse et longue, plus grosse et plus longue que celle de Colas. Antoine se relève et me prend par la taille pour me mettre à genoux, tête vers le bas avec toujours dans la bouche le sexe de Colas allongé en dessous de moi. Antoine recommence à me travailler le cul avec ses doigts. Et alors, alors, c’est inexplicable. Lentement, avec une douceur infinie, il me commence à me pénétrer avec sa queue ; il ressort et rentre à nouveau plus loin cette fois, puis, un instant après, encore plus loin. Son bassin touche mes fesses et ses mains tiennent fermement mes hanches. Il commence à aller et venir, là encore lentement puis plus fort plus vite, ralenti, recommence, entre encore plus profond et recommence à gémir doucement, comme Colas le fait maintenant sous l’effet de ma fellation. Après un long moment de ces mouvements qui décuplent mon plaisir, Antoine a le souffle court et Colas me crie :

— N’arrête plus, fais moi jouir.

Je m’active avec encore plus d’énergie comme Antoine le fait lui-même dans mon cul. Les derniers coups qu’il donne dans mon cul sont si lents et si profonds que je sens en moi une excitation incroyable qui réagit dans ma queue et mes couilles comme si on les excitait directement. Alors, presqu’ensemble, ou du moins à si peu de temps que personne ne saurait dire qui fut le premier, nous jouissons tous les trois : Colas dans ma bouche, moi sur son ventre et Antoine dans mon cul avec un râle de plaisir plus puissant encore que celui de Colas. Je suis le seul à ne pas émettre de son tant je m’emploie à avaler tout le sperme que Colas envoie dans ma bouche. Puis c’est le silence, total, absolu et sublime. Antoine se retire lentement, je lâche le sexe de colas et nous nous retrouvons allongés tous les trois l’un à côté de l’autre, Colas au milieu. J’avais joui sans que mon sexe soit touché rien que par le plaisir qu’Antoine me procurait avec sa queue dans mon cul ; j’avais retrouvé la sensation de plaisir que Colas m’avait procuré la première fois que nous avions baisé ensemble et qu’il avait joui dans ma bouche. Là encore il l’avait fait mais je sentais bien que ma jouissance, cette fois, n’était pas due à cela. J’avais l’habitude maintenant des jets de sperme dans la bouche. Non, je savais que c’était l’action d’Antoine et le jeu de sa queue dans mon cul, (je comprendrais plus tard que c’est en fait l’excitation de ma prostate), qui avait provoqué ma jouissance.

Qui de Colas, Antoine ou moi, s’est exclamé :

— Putain, c’est trop bon.

Je ne m’en souviens plus. En tous les cas, nous en étions tous d’accord et c’était tellement bon que presque aussitôt nous sommes à nouveau les uns sur les autres à nous embrasser de bonheur sans plus ajouter un mot avant de nous allonger à nouveau côte à côte. Nous resterons comme cela un bon quart d’heure. Antoine, le premier s’est levé. Il retira sa capote et apporta les gourdes et les biscuits. Assis en position du lotus, nous reprenons des forces en silence jusqu’à ce que Colas, doucement, se penche vers le sexe d’Antoine et commence à le sucer. Et le jeu reprend. Antoine me branle pendant que Colas s’active. Je change de position et m’allonge sur la mousse pour avaler à nouveau le sexe de Colas. Lui change aussi de position en branlant Antoine qui lève les yeux au ciel. Colas se place sur moi en 69. Nous avons chacun le sexe de l’autre dans la bouche pendant qu’Antoine se mets à travailler le cul de Colas avec ses doigts et rapidement avec sa queue. Nous avons tous les trois joui il y a peu de temps mais l’excitation renaît, presque plus vive qu’avant. La queue d’Antoine pénètre Colas qui lâche ma queue et redresse la tête de plaisir, pendant que je continue de le sucer. Mais très vite il reprend son action et là encore, au seul son des gémissement d’Antoine et au rythme de son plaisir, nous jouissons à nouveau tous ensemble avant de nous écrouler à nouveau, allongés tous les trois sur la mousse. Mais cette fois personne ne dit rien et nous restons comme cela, sans bouger, en regardant le ciel à travers les feuilles, enfin disons en ayant les yeux vers le ciel mais sans savoir ce qu’on regarde tellement les instants qui viennent de passer avaient été des moments de grâce et d’extase amoureuse.

On a bien faillit recommencer encore, une heure plus tard. C’est l’orage qui nous en a empêché.

— C’est trop bête, on n’a pas pris la couverture pour baiser dans la grange. Et sans la couvrante, ça craint. Faudra pas l’oublier la prochaine fois. On rentre.

On est arrivé aux Adrets trempés comme des soupes. Un second orage nous avait surpris juste au moment de franchir la rivière sans qu’il soit possible de se mettre à l’abri La grand-mère de Colas, toute attentive à notre santé, s’inquiétait que l’on ait attrapé un rhume. Nous pensions vraiment à autre chose. Antoine devait rentrer chez lui pour souper et avant qu’il parte, je dis:

— La porte-fenêtre sera ouverte cette nuit.

— Merci, je ne sais pas si je pourrai venir. Je téléphone après le dîner.

— Et moi aussi je te dis merci, c’était merveilleux.

— Je te l’avais dit, il encule comme un dieu ; tu vois ton David était un con.

— David ?

— On te raconte demain…

— OK, à toute.

Antoine s’en alla en courant. Colas et moi nous nous séchâmes rapidement et allâmes dîner. Aucun nouvel orage ne menaçant, le repas fut servi sur la terrasse. Le grand-père de Colas profita du repas pour nous dire qu’il faudrait bien tailler un peu les glycines. Message compris, pas question de glander demain matin. Une partie de carte termina la soirée. Le téléphone de Colas sonna et, à son air, je compris que je n’étais pas obligé de laisser la porte-fenêtre ouverte. Nous partîmes nous coucher dès que l’église eut sonné les dix heures ; il fallait se lever tôt demain pour travailler « à la fraîche ». Arrivés devant la porte de sa chambre, je dis :

— Demain aprèm, si tu veux, va te balader seul avec Antoine, je resterai sur la plage près du pont romain ; vous me reprendrez en passant.

— T’inquiète pas, on verra. Antoine ne peut pas toujours venir le soir. J’ai l’habitude. De toute façon, dans deux mois, nous vivrons ensemble tous les deux à Strasbourg. Je suis inscrit dans la même fac que lui et on va partager un appartement, officiellement en coloc. Je peux attendre deux mois, tu sais.

— OK on verra demain. Je laisse la porte fenêtre ouverte de toute façon, on ne sait jamais.

— Merci, mais il ne viendra pas. Bonne nuit.

— Bonne nuit et merci de m’avoir fait connaître ce plaisir.

— Tu restes alors ?

— Oui.

— Tant mieux. Bonne nuit. Je te réveille à 6 heures.

Nous entrâmes chacun dans notre chambre. Dix minutes plus tard, je m’endormis au dessus du lit, tellement la chaleur était forte. J’étais nu, comme j’aime l’être.

Je remue dans mon sommeil. Ces souvenirs qui remontent me mettent mal à l’aise. Je me sens planer en train de me regarder, attaché au lit, la queue du Maître dans la bouche et le sexe en érection par les stimuli électriques : « Ne jouit pas ; Ne jouit pas ! ». Je me réveille en nage et me redresse d’un coup. Je regrette tellement ce moment de faiblesse. Trop accro au sexe. Trop jouisseur. Je m’allonge à nouveau ; je me retourne ; je somnole un moment et mon cerveau endormi repart aux Adrets.

Et nous taillons les glycines et les rosiers ; nous ratissons les allées de pouzzolane (cendre volcanique très utilisée comme gravier dans les Cévennes). Le travail est fatiguant mais l’ambiance et bonne. Colas et moi nous sommes heureux de travailler ainsi en plein air chaque matin. On ne parle pratiquement pas mais je sais que lui, comme moi, nous pensons à Payreplane.

Nous y retournerons souvent pendant ces trois semaines. Une fois, seuls, lui et moi, pour une fellation réciproque qui me ramena au début de nos rencontres. Le reste du temps, nous y allons avec Antoine. Et là, comme la première fois, c’est le plaisir décuplé par la sodomie que nous jouissons. Ces orgies de plaisir restent sages. Pourtant, Antoine aime imposer des contraintes et faire un peu mal. Je découvre à cette occasion que Colas aime aussi recevoir des ordres et porter des pinces. Dans leurs sacs à dos, il a des pinces à linges qu’Antoine fixe aux seins de Colas ou aux miens, à nos couilles et notre queue. Comme il y en a beaucoup, il peut nous en mettre à chacun une cinquantaine. Il y a même d’autres pinces : de petits étaux qui se vissent et peuvent donc exercer un pincement plus ou moins fort sur les tétons selon le nombre de tour que le domi exerce. Une variante du même instrument dispose d’une chaînette entre les deux étaux ce qui permet de tirer sur les tétons lorsqu’ils sont bien pincés. Avec tout cela le plaisir est encore plus grand. Je remarque, lorsqu’il est ainsi dans les mains d’Antoine, le regard de Colas, ses yeux qui semblent partir dans un rêve, s’évader vers le néant du plaisir. Comme moi, il salive lorsqu’il est ainsi sous la coupe d’Antoine, sa langue humecte ses lèvres et il semble implorer qu’une queue vienne en plus lui apporter le plaisir de sucer. Celle d’Antoine prioritairement ; mais il n’est pas avare lorsqu’il s’agit de sucer la mienne. Ensuite, ce sont quelques positions difficiles à tenir ; à genoux sur des pierres ou des branches pour sucer le sexe de l’autre ; corps en travers d’une chaise, tête en bas pour le travail du cul. Dans les sacs, il y a d’ailleurs quelques jouets en latex pour stimuler la prostate. Antoine ne manque pas de les utiliser sur l’un ou l’autre pendant que ses doigts entre dans le cul du second. Bref, les jours passent sans qu’on s’en aperçoive dans des plaisirs presque quotidiens pour ne pas dire biquotidiens.

C’est ainsi que le mois de juillet se termina bien vite ; bien trop vite. Je devais arriver à Hossegor pour le 29 juillet au plus tard. Je partis le 29 au matin par le car jusqu’à Avignon puis, par le train, jusqu’à Montpellier et Toulouse où oncle Pierre vint me prendre. La veille, nous avions passé la journée complète à Payreplane. Même le déjeuner nous l’avions pris là-bas : la grand-mère de Colas avait fait des sandwichs en nombre. Mais ce n’est pas le repas qui nous prit le plus de temps. Le soir, Colas et Antoine vinrent dans ma chambre avec un gâteau qu’ils avaient acheté chez le boulanger du village. On a mangé et bu (eux du Saint-Péray ; moi du jus de fruit) jusque tard dans la soirée. Puis, j’ai dit adieux à Antoine qui ne m’accompagnait pas au car. Colas lui est venu avec moi, dans la voiture du grand-père, jusqu’à la gare routière. On s’est serré la main et, juste un instant comme personne ne regardait, on s’est embrassé sur les lèvres. Il avait un petit air triste mais je savais qu’il retrouverait Antoine et m’oublierait bien vite. Moi, j’ai pleuré quand le car, tournant pour prendre la nationale, a fait disparaître Colas de ma vue. J’étais triste de le quitter mais je savais aussi que, en septembre, il ne serait pas au lycée. J’étais sûr de ne plus le revoir et, même si je savais cela inévitable depuis longtemps, j’avais le cœur gros.

...

À Hossegor, en août, il y a beaucoup de monde au camping. Du moins jusqu’au 25 août en général. À partir de cette date, les familles commencent à repartir pour préparer la rentrée des classes. Le camping se vide et nous acceptons de courts séjours voire des vacanciers en weekend.

— Bonjour, on a réservé un bungalow pour le weekend.

— À quel nom ?

J’étais dans le bureau lorsque j’ai entendu cette conversation entre mon oncle et des voyageurs. Je ne pouvais pas en croire mes oreilles. Cette voix, c’était… Je m’avançais pour regarder par la fenêtre séparant le bureau de l’accueil. Et là, devant moi, Colas et Antoine était en train de remplir les documents de location. J’ouvrais la porte et sans comprendre vraiment, je disais à mon Oncle :

— Je vais m’en occuper si tu veux.

— OK, je vais aider au bar.

Un instant plus tard nous étions seuls, tous les trois, et on s’enlaçait les uns les autres.

— Qu’est-ce que vous fichez là ?

— On est venu te dire bonjour.

— Et te demander quelque chose.

— Ah ?

— Tu veux bien être mon témoin pour notre mariage en juin prochain ?

J’étais ahuri. Le « oui » qui est sorti de ma bouche était à peine audible. Je n’avais pas revu Colas et Antoine depuis 5 ans et ils étaient là, devant moi, se tenant par la main, tout sourire et les yeux pétillants de bonheur.

— Cool, Merci.

Le mariage a eu lieu, à Strasbourg ; ni les parents de colas ni ceux d’Antoine n’étaient là. Antoine avait demandé à son frère d’être son témoin et j’étais donc celui de Colas, dont j’avais appris qu’il était fils unique. Il y avait tous leurs amis de fac. Et on s’est bien amusé. C’était il y a 10 mois.

Je remue plus encore. Ces souvenirs qui remontent sont à la fois joyeux et tristes. Je me retourne dans mon lit : « Reste calme, respire ». La voix de Colas raisonne dans ma tête. Je suis encore à Hossegor, ce soir d’août que nous avons passé sur la terrasse de leur mobil home, tous les trois. Je suis encore à Strasbourg, sur le campus, au restaurant du CROUS qui avait fait le repas de mariage. Je suis attaché sur le lit, tête en bas, sexe dans la bouche et plug dans le cul et je jouis sans ordre. Je suis secoué aux épaules, fort, très fort…

— Réveille toi, bâtard. Oh ! Réveille toi !