Naissance d'un soumis (12)


Naissance d'un soumis (12)
Texte paru le 2015-07-16 par Yosh Leclerc   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : Naissance d'un soumis


Dès que Enzo et moi fûmes transformés en dogs, à quatre pattes avec plug/queue, Damien nous mit une laisse unique avec deux chaînes chacune accrochée aux colliers de cuir que nous avions mis, Enzo ayant encore sorti le sien de son sac. Enzo était manifestement à l’aise. Il se dandinait et sa queue bougeait dans tous les sens montrant son contentement. Malgré mes efforts, je ne parvenais pas à un tel naturel. Damien commença donc par nous promener dans le cruising ; nous marchions tous les deux, côte à côte, Enzo et moi. Dès que Damien s’arrêtait, Enzo était à l’affut de savoir s’il devait lécher les rangers de Damien ou celles d’un autre mec avec qui Damien parlait. Parfois même Enzo levait la tête pour renifler les slips ou les boxers des mecs présents et faisait aller sa queue encore plus fortement pour indiquer ainsi que l’odeur lui plaisait et qu’il aurait bien voulu sucer la queue cachée par le tissu. Je pris les mêmes attitudes qu'Enzo mais mon comportement était encore pataud. Après une courte promenade, nous sommes revenus au bar. Damien but une bière pendant qu'Enzo lui léchait les rangers.

— Toi, lèche les baskets d’Enzo pendant qu’il s’occupe de moi.

— Ouaf.

Je me mis aussitôt à lécher les semelles des baskets d’Enzo. Après un moment, lorsque Damien eut terminé sa bière, il sortit de son sac deux feutres noirs.

— Debout les dogs ; montre ton dos, Enzo.

Damien écrivit avec le feutre sur le dos d’Enzo. Puis ce fut mon tour. Pendant qu’il écrivait sur mon dos, je pus lire ce qui était écrit sur celui d’Enzo. Sur la colonne vertébrale, il y avait un trait vertical pour diviser le dos en deux parties. À gauche était écrit « pipe » ; à droite, « cul ».

Lorsque Damien eut fini de nous transformer en catalogue, il nous ordonna de faire le beau devant lui et nous présenta les feutres. Enzo ouvrir la bouche et attrapa l’un des feutres, toujours en faisant bouger sa queue en latex.

— Compétition, les dogs. Vous allez vous promener dans le bar et trouver des mecs à sucer ou qui veulent bien vous enculer. Capote obligatoire. Ils écrivent leur prénom sur votre dos. On verra lequel a le plus de succès. Le même mec peut avoir envie de vous deux et des deux plaisirs. Vous avez 15 minutes. Vous essayez de vous vendre par tous les moyens. Go.

Enzo partit le premier et commença sa quête avec le mec qui était juste à côté de Damien, assis sur un tabouret et buvant une bière. Il fit le beau devant le mec en demandant s’il voulait l’enculer ou se faire sucer. Le mec ne se fit pas prier et écrivit son prénom sur le dos d’Enzo, dans les deux colonnes. Je décidais d’aller plus loin dans le cruising pour tenter ma chance et je montais à l’étage. Je réussis à obtenir 6 prénoms sur mon dos : 4 pipes, 4 enculages. Une fois redescendu, je cherchais d’autres mecs encore ; ce sont ainsi 7 prénoms que j’obtins. Enzo en avait 11, 6 identiques aux miens et 5 en plus. J’étais vexé. Damien nous emmena alors vers le lieu réservé aux trips « uro » et nous fit boire chacun la pisse de l’autre puis nous sommes montés vers le pilori. Après un tirage au sort à pile ou face que je perdis, Enzo fut installé au pilori tandis que je me mettais à quatre pattes et la séance commença.

Au jeu de la fellation, je ne tardais pas à remporter les suffrages de ceux qui étaient inscrits sur les deux listes. Enzo, se contentait d’ouvrir la bouche mais ne faisait pas vraiment d’effort pour exciter le mec avec sa langue ou en aspirant le sexe du sucé. Pourtant, à quatre pattes, il n’est pas évident de sucer longtemps ; j’avais rapidement mal dans le cou à devoir relever la tête pour sucer les queues et mes sucés devaient se mettre à genoux ou s’asseoir sur l’un des tabourets disposés dans la pièce. De même, pour ce qui est des enculages, la position d’Enzo, dans le pilori, était meilleure que la mienne rien que sur le plan de la hauteur. Moi, il fallait que mes mecs se mettent à genoux également pour me prendre puisque j’étais en levrette. Damien, pendant ce temps là, restait à regarder et regardait surtout Enzo. Lorsqu’il vit que plusieurs mecs étaient revenus vers ma bouche pour se redonner de la vigueur avant d’enculer Enzo, il se mit en colère et commença de me frapper sur le dos avec un martinet. Les coups ne faisaient pas vraiment mal mais ont fini par déranger mes partenaires qui ont demandé à Damien d’attendre la fin de la partie pour me corriger. Il le prit manifestement très mal et lorsque le jeu fut terminé, m’emmena illico vers la croix de Saint-André, m’y attacha dos contre le bois, me fixa un bâillon fait avec une chaussette et un teeshirt puis me flanqua une dégelée magistrale avec un martinet à longues lanières qui ne faisait pas bien mal. Mais comme il frappait sur le torse et le bassin, certaines lanières touchaient mon sexe et là, je grimaçais un peu. Damien était tellement en colère qu’il en avait oublié Enzo qui restait là, dans le pilori, en attendant qu’on l’en délivre. Il dut attendre un peu, car je reçus des coups pendant presque 10 minutes. Une fois la punition subie, c’était à moi d’attendre sur la croix pendant que Damien s’occupait d’Enzo et le faisait jouir. Je suis resté comme cela un moment. Un mec est passé et m’a branlé pendant que j’étais sur la croix. J’essayais de ne pas trop montrer que j’aimais bien ce qu’il me faisait. J’avais peur que Damien ne s’en aperçoive et en soit fâché contre moi. J’avais pris assez de coups pour la soirée.

Après une demie heure passée ainsi, Damien et Enzo vinrent vers moi. Damien enleva le collier de cuir du cou d’Enzo et me détacha de la croix et me dit.

— Enzo va essayer de t’apprendre à être un meilleur dog. Donc tu vas faire ce qu’il te demande. OK ?

— Oui, Maître.

Enzo montra alors une laisse qu’il tenait dans son dos. Je comprenais aussitôt que je devais me mettre à quatre pattes. Dès que j’y fus, Enzo accrocha la laisse à mon collier en cuir et m’emmena en promenade dans le cruising. Lorsque nous fûmes arrivés dans la salle vidéo, à la hauteur d’un groupe de mecs parmi lesquels certains avaient déjà bénéficié de nos faveurs, Enzo leur dit :

— Si vous voulez profiter encore de ce dog appartenant à mon Maître, vous pouvez, il est offert.

— Il peut me sucer.

— Allez, bâtard, au boulot.

Enzo pensait peut-être m’ennuyer. En fait comme j’aimais bien sucer, je ne me faisais pas prier et, me mettant à genoux, j’attrapais la queue du mec qui l’avait demandé.

— Reste à quatre pattes, un dog suce à quatre pattes et n’utilise pas ses mains.

— Laisse le faire comme il veut ; je préfère qu’il soit à genoux.

— Bien, Monsieur, mais…

— Tu as dis qu’il était offert, alors je l’utilise comme j’ai envie, non ? Sinon, tu peux le remmener.

— Comme vous voulez, Monsieur.

— Oui, comme je veux. Attends, je mets une capote.

Enzo était bien ennuyé. Il avait manifestement envie d’aller demander quelle attitude avoir à Damien, mais celui-ci était descendu au bar et ne voyait pas la scène. Je me mettais donc à sucer ce mec avec efficacité. Au bout d’un moment, il me prit la tête et commença à me faire engloutir sa queue profondément selon son rythme. Il gémissait doucement et j’utilisais ma langue pour le faire encore plus profiter de ma bouche. Il fini par s’asseoir sur un des sièges de la salle vidéo. Je me mettais entre ses jambes et je commençais aussi à m’occuper de ses couilles ; il prit mes mains et les plaça sur ses seins que je travaillais un peu au début, puis sentant qu’il aimait cela, de plus en plus fort. Un autre mec vint s’asseoir à côté de mon sucé et l’embrassa goulument. Ils avaient l’air de se connaître. Je les laissais un instant sans rien faire, juste en regardant avec un air de chien battu. Le nouveau venu mit une capote et les deux amis (ou supposés tels) se placèrent bien l’un à côté de l’autre, me présentant leurs deux queues. J’entrepris une double fellation en alternant les queues ou en les prenant parfois ensemble dans ma bouche tant ils s’étaient rapprochés. Cela a duré un bon moment puis les deux amis se sont retirés de ma bouche, ont enlevé leur capote et en quelques instants de masturbation ont joui sur mon visage. Ils m’ont embrassés chacun leur tour et le premier que j’avais sucé a commencé à me branler.

— Il n’a pas le droit de jouir.

— Va chercher ton Maître.

Enzo, dépité, descendit au bar et quelques instants plus tard, remonta avec Damien.

— Bonjour, j’ai envie de faire jouir ton dog. Il nous a bien sucé.

— Il n’a pas été très obéissant aujourd’hui et ce serait un mauvais signe de lui donner du plaisir. Fait jouir celui là si tu veux.

— Non tant pis. Une autre fois. Il suce bien celui-ci, j’aime. Salut.

Damien faisait la tête et Enzo était vexé.

— Tu suces mieux que lui, Enzo, je t’assure, finit par dire Damien. Toi tu mérites une bonne correction.

Nous sommes repartis vers la croix et j’y fus attaché de nouveau mais dos offert cette fois et j’ai repris une série de coup avec la tapette sur les fesses et la cravache sur le dos. Bien que je n’ai pas de bâillon, je mis mon point d’honneur à ne pas émettre un seul son pendant toute la punition. Ce fut dur, mais j’y parvins. Une fois la punition achevée, Damien me détacha. Nous sommes redescendus au bar, Damien a bu un verre de bière et nous sommes repartis vers la voiture après nous être changé au vestiaire.

Arrivés à Roncq, Damien a déposé Enzo. Il est sorti de la voiture pour l’embrasser et lui a dit quelques mots que je n’ai pas entendus. Nous avons repris la route et nous sommes arrivés près du « Sling ». J’allais descendre lorsque Damien m’a dit :

— Vendredi prochain ici à 14 heures. Ce sera ta dernière chance. Si je ne suis pas satisfait de toi, je te largue. OK ?

— Oui Maître, mais…

— Sois prêt et irréprochable.

— Oui, Maître.

Je reprenais mon vélo par la main et je rentrais à l’appartement à pied. J’étais tétanisé de peur et de honte. Damien allait me larguer. Non, pas possible. J’avais trop besoin de lui. OK, j’accepte tout maintenant, sans rien dire, avec enthousiasme, enfin, en montrant de l’enthousiasme. Le week-end et la semaine suivante furent comme les précédentes, complètement tournés vers l’espoir et la crainte du vendredi. J’avais hâte d’y être mais aussi peur que ce soit le dernier. Non. Je devais réussir pour que Damien me garde. Il m’obsédait ; je ne faisais rien pendant la semaine. Je trainais à gauche à droite, à l’appartement, à la fac, au Crous, je passais devant des pianos sans les jouer et sans même les regarder. Le matin j’attendais le soir et la nuit je rêvais de Damien, je me voyais à quatre pattes, en promenade, dans les rues, nu comme un ver, les passants se retournant sur moi ; j’étais honteux mais j’étais avec Damien. Durant la semaine, j’allais acheter des genouillères dans un magasin de sport et je me rendais aussi dans un sex-shop (pour la première fois de ma vie) et j’achetais un collier en cuir. Puis je passais chez « Mister Minit » et j’y achetais une plaque en métal couleur argent, en forme d’os… mais je n’osais pas demander une gravure. J’attachais la plaque au collier de cuir par un anneau magique. ££££

Alors, lorsque le vendredi arriva, j’étais devant le sling à l’heure prévue, avec, au cou, mon collier, caché par une écharpe. Damien est arrivé à pied, seul. J’étais déjà heureux qu’Enzo, la concurrence, ne soit pas là. Cela était de bon augure. Mais cela ne devait pas durer.

— Enzo nous rejoint dans une heure. D’ici là, je vais te tester.

— Oui Maître.

Nous entrâmes. J’enlevais mon survêtement et sortais mes genouillères que je mettais aussitôt. Je m’apprêtais à me mettre nu pour recevoir le plug/queue.

— Reste en maillot et en short.

Damien vit alors le collier, tendit la main vers la plaque et la regarda. Il était manifestement déçu.

— La gravure était trop chère ou tu étais trop honteux pour la demander ?

— Il fallait trop de temps, Maître, je le ferais pour la prochaine fois.

— S’il y a une prochaine fois…

Il me mit la laisse et m’emmena vers le bar. Il commanda une bière et moi je suçais avec ferveur ses skets, essayant de montrer mon plaisir. De temps en temps je faisais le beau en aboyant et en désignant son sexe que je tentais de renifler puis je reprenais aussitôt mon léchage de pompes. Damien mit ses pieds sur la barre du tabouret ce qui me permit de commencer à lécher les semelles. Un mec vint s’asseoir à côté de nous. Il avait des skets fort crades. Je me mettais à les lécher aussi. Il connaissait Damien et manifestement il était prévu qu’ils se rencontrent ce soir.

— C’est le dog en question ?

— Oui.

— OK.

— Sale dog, si je te largue ce soir, peut-être qu’il te récupérera.

— Il est jeune ; il est délocalisable ?

— Il est étudiant.

— OK et il veut continuer.

— J’en sais rien. Tu voudrais qu’il vive chez toi ?

— Oui et qu’il s’occupe de la maison. Qu’il fasse le boulot, le ménage et le jardin.

— Tu vois avec lui tout à l’heure. Dog, renifle le survêt de Marc.

Je me remis à genoux en faisant le beau et je m’approchais du short de Marc. Une fois le nez dessus, j’eus presque la nausée tant il sentait le vieux sperme séché et le sexe pas lavé sans doute depuis plusieurs jours.

— Il sent l’homme hein, lui. Renifle bien, profondément.

Les deux amis continuèrent à discuter un peu pendant que je restais le nez entre les cuisses de Marc, ne sachant comment faire pour respirer un peu d’air frais. Enzo arriva. Il s’était changé et portait aussi une tenue de sport. Il se précipita vers les skets de Damien puis me poussa pour lécher celle de Marc et vint respirer son entrejambe avec une vraie délectation ; il secouait la tête de plaisir entre deux reniflements.

— Tu le vends pas celui-là ?

— Non, il est trop bon dog. Lui je le garde. Mon problème est de savoir si j’en garde deux ou pas.

Lorsque les deux amis eurent fini leurs bières Damien, nous tenant en laisse Enzo et moi, nous emmena, accompagné de Marc, vers la zone uro. Enzo fit aussitôt le beau en ouvrant la bouche. Je l’imitais mais je craignais la suite des évènements. Marc et Damien ont alors sorti leur queue et ont commencé à nous pisser dans la bouche, Enzo parvenait à avaler, moi non. La pisse ressortait de ma bouche et coulait sur mon maillot et mon short. Marc, qui était mon fournisseur, finit par arroser même mes cheveux. Enzo s’en tirait bien mieux, parvenant à avaler les jets de pisse de Damien sans en perdre trop.

— Ah oui, il est vraiment nul. Tu l’as depuis combien de temps ?

— Presque trois mois.

— Ouh là. Pas terrible comme résultat.

Lorsque les vessies des deux amis furent vides, Damien autorisa Enzo à me pisser aussi dans la gueule. Le résultat fut tout aussi navrant.

— Bon, mec, on va pas insister, on s’entendra pas. Je te largue, t’es trop nul et tu ne progresses absolument pas. Tu en veux Marc.

— Oui, mais s’il vit chez moi et arrête ses études.

Dans un éclair de lucidité, je répondis que je refusais d’arrêter mes études. Pourtant au point où on en était, il ne faisait guère de doute que j’avais raté l’année. Mais je ne voulais pas renoncer comme cela et je ne voulais pas non plus vivre chez Marc.

— Alors, tu te casses, mec.

Et Damien, sans même un regard vers moi, partit avec Enzo en laisse et Marc à côté de lui pour la salle royale. Je restais là, dans les chiottes, trempé de pisse, complètement hébété. Je me suis mis à pleurer et à essayer de rejoindre Damien pour me jeter à ses pieds en lui demandant de me laisser une chance supplémentaire. Je marchais à quatre pattes vers la salle royale en disant :

— Maître, s’il vous plait, ne me laissez pas.

Lorsque j’eu rejoins le groupe, Enzo était déjà en position pour se faire enculer par les deux amis sur le fauteuil de cuir. C’est Marc qui est venu vers moi.

— Si tu veux, je te prends mais Damien, c’est fini, t’as perdu, dog.

— Je peux continuer à aller en fac ?

— Ça te servira à rien pour être un dog, mec. C’est à prendre ou à laisser. Moi je cherche un larbin pas un intello.

J’ai regardé vers Damien qui était en train de rentrer sa queue dans le cul d’Enzo. J’ai dit un peu fort « Maître ? ». Il ne s’est même pas retourné. Alors, je me suis levé, j’ai retiré mes genouillères et mon collier et j’ai tout laissé là, par terre. Je suis descendu au bar. Le barman m’a fait un sourire. Je suis allé au vestiaire. J’étais toujours plein de pisse. J’ai retiré mon short et mon maillot. Le barman est arrivé avec une serviette éponge et m’a simplement dit.

— Sèche toi, ça caille dehors.

— Merci

J’ai mis mon survêtement et j’ai jeté le short et le maillot à la poubelle. J’ai reporté la serviette au bar et j’ai eu droit à un nouveau sourire.

— Tu veux un verre ? Je te l’offre.

— Non, merci.

Et je suis parti. J’ai récupéré mon vélo et je suis rentré à l’appartement après avoir fait un long détour. J’ai pris une douche chaude en arrivant. Moi qui bois rarement de l’alcool, j’ai piqué un grand verre dans la bouteille de whisky de Charles. Je me suis couché et j’ai sombré dans un sommeil peuplé de cauchemars.

Ce qui c’est passé ensuite, Damien n’en a jamais rien su et je suis heureux qu’il en ait été ainsi.

Je me suis morfondu tout le week-end. Heureusement, mes colocataires étaient partis tous les deux passer deux jours à Bruges en train. J’avais refusé de les accompagner pensant que Damien voudrait me garder jusqu’au dimanche. Seul, j’ai broyé du noir et je me suis persuadé que j’étais nul, moche et que ma vie n’avait pas de sens. J’ai donc décidé d’y mettre fin ; qui pleurerait un PD maso incapable de satisfaire un homme qui voulait s’occuper de lui ? Je voulais être certain de ma décision et certain aussi de réussir mon « coup ». Mes amis étant en cours le vendredi après-midi, je décidais que ce serait le meilleur jour pour mettre mon projet à exécution. Il fallait que j’aie suffisamment de temps pour que l’affaire soit entendue lorsqu’on trouverait les messages. Je planifiais soigneusement les choses et l’organisation.

Le mercredi j’achetais un beau maillot de basket, un beau short et un beau survêt ainsi que des chaussettes, le tout aux couleurs de mon équipe favorite. Je faisais réaliser un double des clefs de la cave. J’emballais tous les vêtements neufs, bien pliés dans un sac ; j’y ajoutais mes TN préférées. Je mettais le tout dans mon armoire avec, au dessus un ceinturon. J’avais pris ma décision mais je voulais être tranquille. Le jeudi, après avoir pris le petit déjeuner avec mes collocs, j’allais en cours selon l’emploi du temps ordinaire, normalement, comme si rien n’était. L’après-midi, j’allais en bibliothèque et j’écrivais trois lettres. Une lettre, longue à Colas et Antoine ; une à oncle Pierre dans laquelle j’ajoutais une lettre à mon père, au cas où… Puis je rédigeais un petit texte à laisser sur la table de l’appartement pour Arthur et Charles. Je rentrais, je rangeais un peu mes CD, mes cours et mon armoire de vêtements ; je jetais ceux qui étaient vraiment trop vieux et je préparais ceux qui allaient me servir le lendemain. Je mettais mes lettres dans le sac avec mes vêtements neufs. Je me couchais tôt en prenant un somnifère que le médecin m’avait prescrit quelques jours plus tôt. Le vendredi matin, nouveau déjeuner à trois, puis mes amis partirent en cours. Je n’avais pas de cours ce matin là ; simplement, je devais assurer le service au RU le midi, ce que je fis. Aussitôt après, je rentrais à l’appart. Vers 14 heures. Je me lavais, je faisais mon lit bien au carré et je prenais soin d’aller aux toilettes ; je savais que les sphincters se relâchaient et je voulais rester aussi propre que possible. Je mettais un boxer et un t-shirt noirs ainsi que mes vieux TN ; je passais au dessus mon vieux jogging. L’heure que je m’étais fixée approchant, je déposais sur la table de la pièce principale, bien en évidence, les clefs de la cave et le papier destiné à mes amis. J’avais écrit : « Ne descendez pas à la cave sans être accompagnés de la police ». Je prenais le double des clefs de cave, mon sac avec mes vêtements neufs, les lettres et la ceinture. Je gagnais la cave sans rencontrer quiconque.

La cave était évidemment au sous-sol. On y accédait par un escalier après avoir ouvert une porte dont les locataires avaient la clef. En bas, le long d’un couloir, se trouvaient de petites cellules fermées par des cadenas. Chaque appartement avait la sienne. La nôtre était presque à l’entrée du couloir. J’enlevais le cadenas et j’entrais. J’étais déjà venu deux fois. Une première fois lorsque nous avions décidé que je restais avec mes deux amis et que nous partagerions l’appart à trois. Il fallait faire un peu de place et nous avions mis à la cave divers objets encombrants que personne ne voulait jeter mais qui n’étaient pas vraiment utiles. La seconde, il y a quelques jours pour m’assurer de la faisabilité de mon projet. J’avais, à cette occasion, tout préparé. Un tuyau de chauffage central passant au milieu de la cave permettait de fixer le ceinturon. Un tabouret placé dessous facilitait l’opération. Je montais sur le tabouret, je passais le ceinturon dans sa boucle puis au dessus du tuyau. Ensuite, avec une manille en acier, je fixais solidement le ceinturon au tuyau de chauffage, juste au dessus du tabouret. Je redescendis, je mis bien en évidence le sac plastique avec mes vêtements neufs et mes lettres. Je m’assurai de nouveau qu’une fois le tabouret renversé que mes pieds toucheraient à peine le sol car je souhaitais une pendaison incomplète. J’avais lu que, dans ce cas, le pendu, juste avant de mourir bandait une dernière fois, voire même, pouvait avoir une éjaculation terminale. J’avais envie de m’offrir ce dernier plaisir. Cette perspective était censée me donner le courage de passer à l’acte. Je vérifiais encore que mes mains ne pourraient pas attraper le tuyau du chauffage. Tout cela étant fait, je montais sur le tabouret et je passais le ceinturon à mon cou. Il ne restait plus qu’à faire basculer le tabouret. Il ne restait plus…

J’attendis un moment et puis, et puis je fis basculer le tabouret. Je ne tombais pas de haut, 20 centimètres environ. Je touchais la terre moins que je l’avais prévu et je pendais lamentablement au bout de mon ceinturon, essayant, dans un réflexe idiot, de me soulever en poussant sur mes orteils pour atténuer l’asphyxie qui commençait. Je commençais à avoir mal au cou, le ceinturon me coupait, je commençais aussi à étouffer mais moins vite que je pensais. Je commençais à bouger les jambes dans tous les sens ; j’aurais dû les attacher ; instinctivement mes mains se mettaient autour de mon cou pour tenter d’élargir le faux nœud coulant que faisait la ceinture ; j’aurais dû mettre des menottes. Mes oreilles bourdonnaient, je voyais des éclairs dans mes yeux et plus mes jambes bougeaient, s’agitaient, plus je m’étouffais.

Des bruits dans ma tête. De plus en plus forts. J’avais l’impression d’entendre les dernières mesures de l’allegro assai du concerto en sol mineur de Bach, toujours Bach, encore Bach. D’un coup, un bruit considérable, des cris, je me suis senti soulevé par des bras puissants, le ceinturon fut enlevé de mon cou et je fus allongé sur le sol. Je toussais, je crachais, je pleurais. Un homme me fit du bouche-à-bouche. Je n’ai jamais vraiment perdu connaissance.

On parlait autour de moi, je ne comprenais rien et je ne voyais pas grand-chose avec les larmes qui inondaient mes yeux. Après quelques minutes le bouche-à-bouche arrêta et deux personnes me prirent par les épaules et les pieds pour me mettre sur une civière pendant qu’on ajustait un masque sur mon nez et ma bouche pour me faire respirer. J’entendais des mots, des pleurs, des cris, encore des bruits.

— Ça ira, je vous assure ça ira. Laissez nous faire, remontez.

Après un moment, alors que je reprenais mes esprits, je commençai à voir des uniformes de pompiers.

— Ne dites, rien. Restez calme, on s’occupe de tout.

De nouveaux des bruits précipités dans l’escalier et l’arrivée de deux hommes avec les gilets fluorescents marqués SAMU. Ils prirent le relais du pompier qui, le premier, m’avait fait respirer. Il fallut encore attendre un peu que les médecins m’aient « stabilisé », comme ils l’ont dit, avant qu’on remonte la civière par l’escalier, non sans mal d’ailleurs, qu’on la mette dans l’ambulance pour m’emmener aux urgences du CHR. J’avais raté mon suicide ; j’étais même pas capable de réussir ça.

Dès qu’il fut acquis que ma vie n’était plus en danger, les urgences me transfèrent à « Fontan », l’hôpital psychiatrique du CHR. Un infirmier vint me voir, me disant qu’un psychiatre allait passer. J’étais assis dans le lit, sans réellement comprendre ce qui m’arrivait. Je pensais pouvoir rentrer tout de suite à l’appartement, après les urgences. J’avais envie de dormir, mais de dormir dans mon lit, d’être avec mes amis. Il me fallut attendre plus d’une semaine encore, discuter avec le psy plusieurs fois et promettre de venir régulièrement en consultation externe. Comme j’étais majeur, mon oncle n’avait pas été prévenu. J’avais expliqué que je vivais avec deux amis. J’appris que Charles et Arthur étaient venus me voir dès les premiers jours, aux urgences d’abord, à « Fontan » ensuite, mais qu’on n’avait pas voulu les laisser me parler avant que le psy pose un diagnostique. Le psy les avait même interrogé. Il avait discuté avec eux et, dès lors qu’ils acceptaient de m’aider un peu et de me soutenir, il était d’accord pour que je reparte vivre à l’appart dans un délai assez bref. Après une semaine d’hôpital. Je reçus aussi une autre visite. Un grand jeune homme baraqué, beau comme un dieu, musclé comme Hercule. La première fois qu’il est venu, il était en uniforme et il lui fut dès lors assez simple de persuader le personnel médical et infirmier de le laisser me voir. Il s’est présenté à moi.

— Bonjour. Comment vas tu ?

— Bien merci. Enfin, je vais mieux. Vous êtes ?

— Le pompier qui t’as trouvé.

— Oh. Merci.

— C’est mon métier. Tu as des amis formidables et efficaces. Dès que, comment… Ah oui, Arthur a lu ton mot, il a appelé les pompiers ; je suis arrivé vite, j’étais en train de faire une inspection de sécurité dans un restaurant, Place du Concert.

— J’ai eu de la chance alors.

— Oui, on peut dire cela. Mais il ne faut pas compter sur la chance à tous les coups.

— Oui, je sais que tout le monde a peur que je recommence.

— C’est souvent le cas. Tu as envie de recommencer ?

— Non, pas vraiment.

— Très convainquant comme réponse. Je peux revenir te voir ?

— Si vous voulez.

Il est revenu presque tous les jours, mais en civil. Il paraissait moins grand, moins fort mais quand même, il impressionnait. Il restait quelques minutes pas plus ; il demandait de mes nouvelles puis nous échangions quelques mots et il repartait. Lorsqu’il a su, le jeudi, que je pourrais sortir le vendredi, il m’a demandé s’il pouvait venir me voir à l’appartement. J’ai dit oui, convaincu qu’il ne viendrait pas. Le vendredi, 15 jours exactement après ma « TS », Charles et Arthur étaient là, tous les deux, pour ma sortie. Ils avaient apporté des vêtements (pas ceux du sac en plastique, qu’ils avaient pris soin de « perdre », ne l’ayant pas vu dans la cave… Les pompiers, sans doute). Après avoir signé plein de documents, pris des rendez-vous avec le psy pour chaque lundi et chaque vendredi matin, je sortais avec un certificat médical pour la fac et des médicaments que Arthur et Charles s’engageaient à me faire prendre tout en s’assurant que je n’avalerais pas tout d’un coup. Nous repartîmes à pied jusqu’au métro. L’air frais de cette fin février me fit suffoquer un peu. Il y avait un RU au CHR et mes amis m’y emmenèrent pour manger. Nous n’avons pas échangé un mot. Nous avons pris le métro et on est rentré. Ils avaient fait un effort pour ranger le mieux possible notre salle commune. Arthur proposa de boire quelque chose. On s’est installé dans la cuisine, en silence.

— Je vous demande pardon.

— C’est rien, tu aurais fait pareil pour nous.

— Oui, je pense mais quand même, je ne vous cause que des emmerdes depuis que je suis avec vous. Je vais essayer de trouver une chambre.

— Non, on a promis au médecin, on tiendra la promesse, hein, Charles.

— Oui. On reste ensemble. On laisse pas tomber un ami. Tu veux qu’on en parle ? On a prévu un DVD à voir ensemble et ensuite un repas amélioré.

— OK. Mon mec m’a plaqué. Et j’ai pas supporté. Je veux plus en entendre parler.

— Oui, on avait compris ça. Alors c’est vrai que tu es homo.

— Oui.

— OK ? Désolé pour les conneries que j’ai pu raconter sur les P… homos.

— J’en raconte aussi, c’est pas un problème ; j’en raconte même sur les hétéros.

— Un chagrin d’amour donc.

— Je ne sais même pas. Simplement maintenant je me sens seul et j’ai compris que j’avais foutu en l’air mon année. Alors, j’ai craqué. Je peux pas me permettre de redoubler. Alors je vais arrêter mes études. Va falloir vous trouver un autre « troisième » pour l’an prochain.

— Je suis allé à ta fac. J’ai été voir les services et j’ai expliqué. Si tu veux, tu peux encore y arriver.

— J’ai foiré le contrôle continu.

— Ben justement le responsable pédagogique veut te voir et te proposer un deal. Tu as rendez-vous avec lui mardi à 8 heures. En gros, si tu réussis ton second semestre et que tu fais quelques travaux supplémentaires d’ici juin, il plaidera ta cause en fin d’année.

— Vrai ?

— Charles est un génie ; c’est pas pour rien qu’il fait des études de psycho.

Je sautais au cou de Charles et je me mettais à chialer une nouvelle fois.

— Et on va te faire réviser et bosser mec. Mais on va aussi te distraire. Simplement faut que tu le veuilles. Si tu continues à sortir tous les soirs ça va pas le faire.

— OK, je marche. Faut me donner des ordres. Je suis obéissant par nature.

Un silence suivit cette remarque. Je n’ai pas su s’il avait un sens.

Ils se sont occupés de moi tout le week-end. Arthur m’a accompagné à la consultation de « Fontan » le lundi, sans doute pour être sur que j’y aille. Charles est venu voir le responsable des études avec moi le mardi et eux-mêmes sont moins sortis. Sur l’insistance d’Arthur, je suis retourné voir le responsable de l’orchestre des étudiants. Evidemment c’était un peu tard pour le concert programmé cette année là, mais il me fit une proposition quand même. Avec des amis, il voulait monter un petit spectacle pour l’année suivante et ils avaient besoin d’un second pianiste. J’acceptais sans même demander quel était le programme. Ce fut le truc le plus dingue que j’ai jamais joué : la petite messe solennelle de Rossini dans sa version originelle pour deux pianos, harmonium, et quatre chanteurs. Au total, on l’a joué quinze fois et même une fois avec des spectateurs payants ! Je me suis mis tout de suite à travailler la partition sur un clavier muet à l’appartement et une fois par semaine je jouais sur un vrai piano à la cafétéria de « Fontan », pour la plus grande joie de bien des malades. Refaisant du piano, je revivais. Et puis il y eut Monsieur Mathieu.

*
* *

— Ah, enfin !

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C’était le mardi soir qui suivit ma sortie de « Fontan ». Nous allions manger tous les trois, Charles et moi expliquant à Arthur comment s’était passé, le matin, le rendez-vous avec le responsable pédagogique, lorsqu’on sonna. Un instant plus tard, Charles ouvrait la porte et quelqu’un me demandait.

— Oui, il est là. De la part ?

— Lieutenant Mathieu, je suis le pompier qui…

Arthur l’avait reconnu.

— Entrez.

— Non, je veux juste savoir comment va Yosh.

— Je vais bien, merci. Entrez.

Il entra et resta un long moment. Nous avons bu un apéritif sans alcool (les médicaments l’interdisait alors tout le monde s’était mis au jus de fruit et au Palermo).

Et il est revenu, un autre jour, un jour où j’étais seul. Et il m’a raconté. Lorsqu’il m’a dépendu, il n’a pas tout de suite réalisé mais, lorsqu’il m’a allongé sur le sol et fait du bouche-à-bouche, il m’a reconnu. Il m’avait déjà vu au Crisco. Plusieurs fois je l’avais sucé quand j’étais en promenade en laisse ou placé dans le pilori. La dernière fois, il avait écrit son prénom sur mon dos. Il était homo, actif et il aimait le SM.

Nous avons parlé une bonne heure cette fois là (nous avons encore beaucoup parlé ensuite, et ce fut ma véritable thérapie). J’ai pu lui expliquer tout ce que je ressentais ; il a pu m’expliquer que c’était normal, que je n’étais pas un « monstre ». Ce que je n’ai jamais dit à mon psy, je l’ai dit à Monsieur Mathieu. Au lieutenant Mathieu. Il avait 30 ans et il vivait avec un ami mais, une relation « ordinaire ». Or il avait besoin de temps en temps de trip un peu SM, changeant de rôle selon l’humeur ; son ami le savait et comprenait que c’était nécessaire. Il allait donc au Crisco pour limiter les risques d’être reconnu comme cela était possible au Sling.

À sa troisième visite, Monsieur Mathieu m’expliqua aussi pourquoi il venait si souvent. Sous réserve que je reste sérieux, que je travaille pour mes études et que je le souhaite, il aurait bien voulu « jouer » avec moi de temps en temps. Au « Crisco », je refusais ; trop de souvenirs pour l’instant ; à l’appartement : impossible comme chez lui, bien sûr. Alors, il fit une proposition. Il avait un ami homo SM qui, à Roubaix, avait un donjon minimaliste. Il était d’accord pour nous le prêter. Nous convînmes que ce serait un après-midi par quinzaine, pas plus et uniquement si j’apportais la preuve que j’avais fini mes devoirs. Le Lieutenant Mathieu allait devenir Monsieur Mathieu, le tuteur de Yosh et son initiateur au plaisir du sexe SM non addictif. Et comme il était entendu dès le départ qu’il était amoureux de son copain et n’avait pas l’intention de le plaquer, je savais que nous jouions pour jouer, rien de plus. Libre à moi de trouver aussi l’âme sœur. Et cela a duré deux ans.

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* *

— Il sait que tu es ici ?

— Oui, Maître. Il sait que je suis en stage. Il m’a aidé à mettre toutes les chances de mon côté pour réussir.

— Tu l’as vu quand pour la dernière fois ?

— C’est lui qui m’a conduit à la gare.

— Tu vas le revoir ?

— Oui, j’ai promis de lui dire comment cela s’est passé.

—Tu l’aimes ?

— Je lui dois la vie.

— Oui, évidemment.

Je restais muet.

— Ce que je ne comprends pas c’est comment, après l’expérience que tu as vécu avec Damien et le weekend en Belgique, tu es venu chez moi pour vivre comme vivait… comment déjà ? Julien. Tu as été enfermé dans ma cave, comme lui, tu as mangé des croquettes arrosées de pisse, bu ma pisse, été frappé tous les jours, comme lui. Ce que tu refusais avec Damien tu l’acceptes ici. Pourquoi ?

— Ce n’est pas tout à fait pareil. Nous avons beaucoup parlé, Maître sur le chat. Vous m’avez expliqué ce que vous cherchiez. Un soumis qui s’occupe de vous et de la maison mais aussi qui travaille pour gagner sa vie et pour avoir une vie sociale et une certaine indépendance. Vous avez dit aussi que vous aimiez faire jouir un soumis totalement à votre merci, que vous preniez du plaisir à voir un mec jouir des contraintes que vous lui imposiez. Damien ne me faisait pas jouir et ne prend aucun plaisir à faire jouir un soumis. Il ne veut que sa jouissance à lui ; l’autre n’y a pas droit, jamais. Lorsque je vous ai dit que j’aimais la musique, vous m’avez dit que vous aimeriez que je vous accompagne au spectacle et que vous voudriez me faire aimer la peinture. Vous m’avez dit aussi que vous aimeriez quelqu’un qui sache prendre des initiatives et qui continue de se cultiver. Je ne suis pas sûr que Julien puisse le faire, même s’il en avait envie. Vous m’avez dit aussi que vous aimeriez pouvoir discuter avec votre soumis, pouvoir l’emmener chez des amis sans qu’il se fasse remarquer tout en sachant se tenir à sa place, que vous souhaitiez partager avec lui, même si vous souhaitiez rester indépendant. De ces conversations que nous avons eut pendant trois mois, Maître, j’ai cru comprendre que vous aimiez les soumis et non les larves. Damien, lui, ne les aime pas, il les exploite. Enzo, je l’ai revu un jour. Damien l’avait viré pour en prendre un autre, plus jeune. Damien ne cherche pas un soumis, il cherche un souffre douleur pour passer ses nerfs et une larve à exploiter et à exposer dans les bars et les cruisings, pour épater la galerie. Monsieur Mathieu a fait de moi un vrai soumis maso qui aime ça et qui s’aime comme cela. Maintenant je sais ce que je dois faire et pourquoi je le fais. J’ai compris plein de choses. Surtout je sais maintenant ce que je suis et je ne crains plus l’échec ; un jour je trouverai le Maître qui voudra de moi comme je suis et que j’aurais plaisir à servir. Alors, je tente ma chance en espérant que ce Maître c’est vous et que vous voudrez de moi.

— Donc, si je ne veux pas de toi, tu ne vas aller te pendre dans la cave de Lille ?

— Non, Maître, je serais triste mais je me remettrais à chercher un Maître que je pourrais satisfaire. Je sais qu’un jour je le trouverai.

— Tu vas rejouer avec Monsieur Mathieu ?

— Si j’échoue ici, oui Maître.

— Continu ton récit. Je veux comprendre comment tu as changé avec Monsieur Mathieu… et pourquoi, Monsieur ? Je dois absolument partir à 14 heures ; tu as mis 2 heures pour raconter trois mois, faut que tu fasses plus court pour deux ans ! Vas à l’essentiel, mais soit clair ; il faut me convaincre que tu es prêt à devenir un « presque » Julien.

— Oui Maître, je vais essayer, mais c’est difficile de résumer une naissance.

— Quoi ?

— Je raconte, Maître. Si c’est trop long, vous m’arrêterez.

— Tu peux en être sûr.

— Merci de me laisser expliquer Maître.