Naissance d'un soumis (19)


Naissance d'un soumis (19)
Texte paru le 2017-09-25 par Yosh Leclerc   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : Naissance d'un soumis

ÉPILOGUE

Demain, dimanche, il y aura un an que je suis chez Mon Maître. Ce sera l’anniversaire de mon retour chez lui ; nous serons le 22 mai 2016. Depuis une semaine, j’y pense et j’essaie de trouver un moyen de le remercier de m’avoir choisi comme bâtard. N’ayant pas la possibilité de lui acheter quelque chose puisque je ne dispose pas d’argent, je ne trouve pas d’autre solution que d’être encore plus efficace dans ce que je fais pour son service. Simplement, sur la table du petit déjeuner de demain, j’ajouterai une rose que j’irai cueillir dans le jardin à mon réveil.

Mais aujourd'hui, comme chaque matin, j’ai préparé le petit déjeuner et dressé la table dans la salle à manger pour sept heures. J’ai déjeuné dans la cuisine pour être prêt et je suis allé réveiller Mon Maître. Dès que j’eus ouvert les rideaux, je me suis mis à genoux près de son lit, mains sur la tête et bouche ouverte. Mon Maître s’est levé, a immédiatement présenté son sexe devant moi et j’ai commencé à le sucer. Oui, le rituel a un peu changé.

Dès qu’il a été raide, Mon Maître s’est retiré et s’est dirigé vers la salle de bain. Je l’y ai suivi et j’ai lavé Mon Maître totalement. Aussitôt sa toilette terminée, pendant que mon Maître se brossait les dents et s’habillait avec les vêtements que j’avais réparés la veille selon ses instructions, je suis redescendu à la cuisine. À sept heures, Mon Maître est apparu dans la salle à manger. Dès qu’il s’est assis, selon le rituel maintenant bien acquis, j’ai apporté le plateau avec les tartines et les toasts beurrés, les confitures, le jus d’orange et le café noir que j’ai servi dans sa tasse. Je me suis retiré dans la cuisine et j’ai attendu pour débarrasser et ranger, qu’il se lève de table et sorte pour gagner son cabinet.

Sitôt après, je suis reparti dans ma chambre pour m’habiller en "tenue de ville". Je porte dans ce cas un polo qui laisse à peine voir la chaîne que je porte au cou, le petit cadenas qui la ferme et la plaque qui y est accrochée. Je mets un brief backless "Addicted", un pantalon, et un veston. Parfois le Maître pimente un peu ma tenue en m’obligeant à porter un plug. Mais j’ai toujours ma cage de chasteté que j’essaie de cacher du mieux possible. Avant de sortir, je mets des chaussures de toile sans chaussettes. Je passe par la porte qui, de ma chambre, donne accès au jardin. Là, accroché à un anneau, sous la marquise, se trouve mon vélo hollandais que j’enfourche et je pars à l’agence, à quinze minutes de route. Je travaille de neuf heures à quinze heures trois jours par semaine, mais en cette saison, je travaille aussi certains samedis pour faire visiter les maisons de vacances aux acheteurs qui ne peuvent venir que le weekend. Le midi, je mange au bureau. J’emmène donc un picotin dans mes sacoches. Dès que je rentre du travail, je reprends mon activité d’entretien de la maison et du jardin, la lessive et le repassage. Selon les instructions qui sont sur le tableau dans l’office du premier étage à côté de l’emploi du temps, je prépare les repas que Mon Maître prend seul.

Aujourd'hui, sur l’emploi du temps, il était indiqué : à 15 heures 30, dans la salle de jeux. Je me suis donc dépêché de rentrer, de me déshabiller et de me rendre à la salle de jeu. J’ai attendu nu, assis sur le tabouret de la cave, comme cela est prévu. Le Maître est arrivé peu après. Il m’a mis sur la tête une cagoule aveugle en cuir se terminant par un collier assez large et m’a fait rentrer dans la salle de jeu et m’a enfermé dans la cage ce qui est assez inhabituel. Mon Maître a ensuite recouvert la cage d’une couverture noire et il est parti. J’ai attendu un long moment. Vers 18 heures 30, Mon Maître est entré dans la salle de jeu. Il m’a sorti de ma cage et pris par le bras. J’ai buté sur la planche oblique ; il m’y a attaché. J’ai reçu ma punition ; j’ai "gagné" dix coups de martinet hier en cassant un verre. Je compte les coups bien forts en remerciant et, pour faire bonne mesure, j’en demande dix de plus. Le Maître se penche vers moi et murmure :

— On continuera de jouer ce soir après le repas.

— Je n’ai pas eu le temps de préparer le repas, Maître.

— Il est prêt.

Je suis interloqué. Mon Maître m’a pris par le coude, m’a entraîné jusqu’à ma chambre où il m’a ordonné de m’habiller avec une chemise et un pantalon. Il est monté avec moi à l’office.

— Je vais prendre une douche ; je reviens dans quinze minutes ; essaie de deviner ce qui me ferait plaisir.

Je passe dans la cuisine. Sur le plan de travail des sacs vides de "La Lucques", le traiteur qui organise les réceptions que Mon Maître donne à son cabinet. Je regarde par le passe-plat et je vois que la table est mise pour deux. Je n’y comprends rien, le Maître me prévient lorsqu’il y a un invité et me demande soit de préparer le repas soit de réchauffer les plats apportés par le traiteur. Là, le four est en marche, un grand faitout plein d’eau frémissante attend sur le bord de la plaque en vitrocéramique. Je regarde mieux encore par le passe-plat et je vois que sur les assiettes sont disposées des serviettes de table dans des ronds de serviette : le sien et un autre, identique.

Intrigué, je me décide à avancer dans la salle à manger. J’ouvre la porte et j’aperçois alors que l’ordonnancement du salon est entièrement modifié. Le grand meuble bibliothèque du fond, le canapé, les trois fauteuils et la table basse sont les seuls éléments de mobilier qui restent, mais, sauf la bibliothèque, ils ne sont plus à la même place ; ils sont installés à la place des vitrines, plantes vertes et autres décorations ramenées par le Maître durant ses voyages et qui faisaient du salon un jardin d’hiver doublé d’un capharnaüm. Qu’y a-t-il donc là où étaient les fauteuils, là où Mon Maître prend son café le midi et son déca le soir ? J’avance dans la salle à manger pour mieux voir et là j’aperçois, trônant dans l’angle mort du salon, un piano. Un magnifique piano. Il est ouvert. Je m’approche. C’est un Bösendorfer. Un vrai. Un demi-queue. J’avance encore plus. Dans une petite étagère sur la droite, je vois des choses que je connais. Je me précipite et je tire un livret. Ce sont bien des partitions.

Il y avait là des dizaines de partitions : Bach, Clementi, Scarlatti, d'autres encore, et, sur le dessus de l’étagère, une partition avec un post-it rose sur lequel était écrit "au travail" : la partition du Rach 3.

Que faire ? Le Maître avait dit : "Essaye de deviner ce qui me ferait plaisir".

Je me dirige vers la bibliothèque et, ouvrant l’abattant, je prends un verre à porto et j'y verse un Maury de douze ans d’âge que le Maître apprécie. Je le pose sur la table basse, près du canapé, et je retourne vers le piano. Je regarde à nouveau les partitions, j’hésite encore : le "Rach 3" ? Non, pas sans orchestre ou second piano ; et je suis trop rouillé. Ce sera Bach. Les "Inventions" ou les "Variations Goldberg" ? Je choisis ces dernières.

Oh, je les connais presque par cœur tellement je les ai jouées pendant cinq ans plusieurs fois par semaine, mais je ne les ai plus jouées depuis plus d’un an sauf sur mon clavier muet. Je n’ai pas joué sur un vrai instrument depuis un an sauf les deux ou trois fois où nous sommes allés chez des amis du Maître qui ont un piano numérique. Si les doigts, en principe, savent encore les jouer, j’espère avoir encore suffisamment de sensibilité pour ne pas être trop mécanique. Je m'installe sur le tabouret et, l'ayant réglé à la bonne hauteur, j’ose effleurer le piano. Après quelques secondes d’hésitation, je commence à jouer l’aria dans un tempo très lent pour apprivoiser le son de l’instrument et me dégourdir les doigts. Je le reprends au même tempo une fois encore puis "da capo" de nouveau, mais au tempo que je pense pouvoir tenir tout le long de l’œuvre (je tiens compte de la vingt-sixième variation que je redoute le plus).

Lorsque j’arrive à la cinquième variation, j’entends s’ouvrir la porte du salon, celle par laquelle je n’ai pas le droit de passer. Mon Maître apparait, en polo et pantalon blanc. Il s’avance vers le canapé, s’y installe et prend son verre de Maury. Je commence la sixième variation. Il me regarde. Je le vois, car, pour regarder la partition, je lève les yeux et j’en profite pour jeter un rapide coup d’œil et braver ainsi l’interdit. Mon Maître le remarque et se met à sourire. Je commence la septième variation. À la huitième, je vois ses yeux pétiller et son sourire s’élargir. Il se cale dans le canapé et bois une gorgée de Maury. Je souris moi aussi. Cette fois, nos regards se croisent. Je joue de mémoire la neuvième variation. Nos regards ne se quittent plus. Il tend son verre comme pour trinquer. Je tourne la page, car la dixième m’a toujours posé des problèmes avec ses mordants. Mon Maître se lève et s’avance vers le piano. Je tourne encore la page pour la variation suivante. Il est près de moi et regarde mes doigts sur le clavier pendant la douzième variation. Il reste là sans dire un mot. Il se penche vers moi et murmure à mon oreille au moment où je commence la treizième variation :

— Ce soir, dans la salle de jeu, après le repas que, exceptionnellement, nous allons prendre tous les deux, on fêtera ça.

Mon Maître repart vers le canapé et se réinstalle. Il boit à nouveau et pendant la quatorzième variation, je sens que je vais pleurer. Je me retiens comme je peux, entraîné par le rythme rapide de ce passage. Mon Maître le voit, je pense, mais fait semblant de ne rien remarquer. C’est la quinzième variation, l’une des plus longues, un "andante" en canon d’une sensibilité extrême, qui aura raison de ma résistance. Un flot de larmes coule sur mes joues et tombe sur mon pantalon. Je n’ai jamais été aussi heureux. Je comprends sur la quinzième variation Goldberg de Bach que, même si rien ne change, plus rien ne sera comme avant : j’aime et je suis aimé.

FIN