Prends-moi de face!

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Numéro 77

Texte d'archive:


Archivé de: Lettres Gay – Numéro 77
Date de parution originale: Juillet 1996

Date de publication/archivage: 2015-06-10

Auteur: Gilles
Titre: Prends-moi de face!
Rubrique: Black, Blanc, Beur (et les autres)

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Ce texte a été lu 4612 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)


Je ne sais pas si mon histoire sort de l’ordinaire, mais j’ai eu envie de vous écrire pour vous la raconter. Je m’appelle Gilles et j’ai trente-huit ans. Je travaille dans une boîte de marketing. Mon chef de service est antillais. Il a aussi trente-huit ans et il a été mon amant. Lorsqu'il est arrivé et que le patron nous l’a présenté, il y a eu un léger flottement dans l’air. Ce n’est pas que les gens soient racistes, mais un chef de service à la peau noire, c’était une nouveauté. Mais ce qui était vraiment nouveau, ce n’était pas sa couleur de peau, c’était sa liberté de penser. Le premier discours qu’il a tenu à son service (nous sommes neuf), ce fut: «J’aime surtout travailler avec les femmes, mais qu’elles ne craignent pas le harcèlement sexuel, de ce côté-là, je préfère les hommes...» Le tout sur un ton détendu et sérieux à la fois. J’ai été estomaqué et j’ai pensé que ce type avait des couilles pour oser ça le premier jour. Mais curieusement, cela n’a éveillé aucun désir en moi. Je n’avais jamais couché avec un Black. En fait, il faut bien l’avouer, j’étais un peu raciste.

Nous avons donc commencé à bosser ensemble, et malgré mes réticences, ça s’est plutôt bien passé. Mais je n’éprouvais toujours rien pour ce mec, alors que d’habitude, il suffit que je voie un beau mec pour avoir envie de le sauter, et encore plus lorsque je sais qu’il est pédé, et encore plus à mon boulot. Tout a commencé sur un quiproquo. Pendant le déjeuner, j’étais seul au bureau, et j’étais en train de mater de belles queues et belles couilles dans “Gay Vidéo”, absorbé par ces fions ouverts, ces vertigineuses pines bonnes à sucer, ces bouches pleines... J’ai repris le boulot avec une trique d’enfer. Et c’est là que mon chef est arrivé et m’a fait une réflexion très ambiguë sur la longueur de ma cravate. En se penchant vers moi, il a vu que je bandais. Il a cru que c’était pour lui. Il m’a convoqué dans son bureau une heure plus tard. Je ne bandais plus. Ce mec ne m’excitait pas, comme je vous l’ai déjà dit avant.

Une fois dans son bureau, il m’a demandé sur le même ton qu’il utilise pour demander les bordereaux des commandes, si j’avais besoin d’une pipe. Et il m’a fait rire malgré moi. Et j’ai dit oui aussi, malgré moi. Lorsque j’ai vu cette bouche noire s’approcher de ma queue, j’étais déjà captivé, ensorcelé. La langue très rose, la peau si claire de ma queue en comparaison et cette bouche épaisse, sensuelle, qui m’a englouti, cela faisait un sacré contraste. Comme si mon sexe, sa bouche, étaient des instruments différents, avec des couleurs faites pour exciter davantage. Ensuite, il y a eu des sensations différentes: ses lèvres étaient chaudes et épaisses, et sur ma queue j’avais l’impression de quelque chose de moelleux, de mou, de doux comme un coussin dans lequel on s’enfonce. Et puis il y avait le parfum que mon chef met, un parfum qui devait se mêler à l’odeur de sa peau, un peu entêtant, un peu sauvage et en même temps comme une odeur de printemps. Pour mieux me sucer, il avait baissé mon pantalon jusqu’aux chevilles et ses mains enserraient ma taille. Sous ma chemise blanche à moitié retroussée, je voyais ses longues mains sur ma peau. J’étais tétanisé par tant de nouveauté et tant de plaisir. Tout me semblait décuplé, différent, nouveau. Je ne pouvais pas détacher mon regard de sa tête que je voyais s’activer sur ma queue. J’ai fini par poser ma main sur ses cheveux crépus, coupés très courts. Mes doigts crissaient dessus, glissaient vers la nuque où je sentais un liséré de sueur. La peau aussi avait une texture différente, plus souple. Je me suis abandonné complètement, et j'ai juste eu le temps de me retirer de sa bouche d’un coup sec et de le repousser avant d’éjaculer par terre. Il s’est relevé tranquillement. Je devais avoir l’air un peu hagard. Il souriait. Il m’a tendu des Kleenex et il m’a lancé: «Je t’ai offert ma bouche, est-ce que tu m’offres ton cul?» C’était tellement direct que j’ai dû rougir et bafouiller. Il m’a poussé vers la sortie en me disant que je lui donne la réponse plus tard, que rien ne pressait. Je ne vous raconte pas l’état dans lequel j’étais.

Je suis rentré chez moi dans un état semi-comateux, ne sachant plus démêler ce qui m’excitait, ce qui me repoussait. Je ne trouvais pas le sommeil et je me suis branlé comme un forcené. Je me suis surpris à repenser à ces lèvres sombres, ces mains sur ma peau. J’ai passé plusieurs nuits sans sommeil, et j’ai fini par capituler. J’ai laissé un mot sur le bureau de mon chef avec mon numéro de téléphone. Dans la journée, il ne se passait rien entre nous et ça me rendait fou. Parce que je le regardais désormais avec d’autres yeux et j'avais de plus en plus envie de lui. Et un soir, enfin, il m’a téléphoné. Je l'ai invité chez moi.

Il est venu le soir-même. Il était habillé d’une manière beaucoup plus décontractée, avec des vêtements ajustés qui ne dissimulaient plus la beauté de son corps. J’étais tendu comme un arc. J’avais envie lui; j’avais peur en même temps, sans savoir pourquoi. Un peu plus grand que moi, il m’a tout d’abord enlacé et j’ai eu l’impression qu’il y avait dix mains qui me touchaient, avec des pressions plus ou moins fortes. Au bout de cinq minutes, mon corps était en feu, pris dans une fièvre étrange, vibrante. Je suis resté très passif, j’étais trop subjugué. Il m’a fait allonger nu sur le lit, à quatre pattes. À genoux devant moi, il a caressé mon visage avec sa queue, une belle bite assez fine et longue. J’ai risqué un coup de langue sur ce bout si rose, et brusquement cette bite s’est enfoncée dans ma bouche et a commencé un va-et-vient rapide. J’ai cru étouffer, c’était vif, brutal, presque douloureux. Il s’est retiré aussi brusquement en me disant; «Maintenant, on fait pareil dans ton cul!» sur un ton étrange, mi-sérieux, mi-amusé. Il a mis un préservatif puis a commencé à me doigter le trou de balle avec du gel lubrifiant. Au moment de m'enculer, je lui ai dit de s'arrêter parce que, brusquement, je voulais qu'on baise face à face. Je voulais voir ce grand mec noir m'enculer, je voulais voir son ventre, ses seins, ses muscles, sa gorge, son visage. Il a eu l’air un peu surpris mais m’a retourné sur le dos et a relevé mes jambes. On s’est regardés droit dans les yeux. Sa queue s’est appuyée sur la rosette largement lubrifiée, et s’est enfoncée très lentement dans mon anus sans qu’aucune main ne la guide. On se regardait toujours les yeux dans les yeux et je voyais le plaisir qui montait sur son visage. Il devait lire la même chose sur le mien. C’était un acte très intime. Il m’a sodomisé comme ça et j’ai eu l’impression de fusionner avec ce mec. Que nos peaux si différentes ne faisaient plus qu’une. J’ai l’impression d’avoir décollé, et je ne me souviens pas très bien quand nous avons joui tous les deux, l’un après l’autre, ni comment après on s’est retrouvés enlacés, baignant dans notre sueur, le préservatif jeté dans un coin, ni comment j'ai eu envie de mordre ses tétons, ni comment on a fini par s’embrasser très tendrement. Ce chef de service a été muté quelques mois plus tard, par racisme je crois. Je suppose qu’il lit peut-être Lettres Gay, et je voudrais lui dire que je ne l’ai pas oublié et qu’il a été mon meilleur amant.

Gilles, 38 ans.