Espresso allongé

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Volume 3 — Numéro 1

Texte d'archive:


Archivé de: Zipper – Volume 3 – Numéro 1
Date de parution originale: Mars-Avril 1996

Date de publication/archivage: 2012-05-26

Auteur: Manuel Ledoux
Titre: Espresso allongé
Rubrique:

Note: Ce texte a été reproduit sur l'archive avec l'autorisation de Zipper (2000 - Contact: jeandenis@microtec.net)

Ce texte a été lu 3954 fois depuis sa publication (* ou depuis juin 2013 si le texte a été publié antérieurement)


Imaginez... Imaginez une ville que vous ne connaissez pas, une ville jamais visitée; imaginez qu'il pleut, beaucoup, un après-midi après un voyage exténuant, à cause de la pluie, bien sûr. Vous entrez dans un café, au hasard d'une rue très fréquentée, une artère commerciale; puis, il y a ce garçon de café qui vous sourit d'un sourire bandant...

— Monsieur, qu'est-ce qu'on vous offre?...

Distrait, mais vite rattrapé par la réalité, vous répondez machinalement:

— Un espresso allongé...

Il sourit et vous tourne le dos afin d'actionner une machine à pitons, à pistons, avec de petits tuyaux en acier inoxydable. Une tasse... c'est alors que vous êtes frappé par la blancheur de sa chemise au col impeccablement empesé, qui ceinture sa nuque. Avait-il un nœud papillon? Vous fixez la nuque dont la ligne des cheveux est parfaitement parallèle au col blanc. Cheveux noirs, jais. Il se retourne...

— Prenez une place; j'irai vous le porter...

Oui, il porte un nœud papillon, avec un sourire, invitant. Vous quittez le regard bleu-gris et prenez une place, la première table à gauche, côté fenêtre, face au serveur. Les grains de pluie éclatent dans tes vitres, comme des giclées de perles et glissent en traçant des lignes droites mais un peu malhabiles... le serveur est grand et mince; des traits fermes. Et lorsqu'il vous apporte votre café, vous remarquez sa main, une main nerveuse, nervée, qui vous tend d'abord la tasse pour ensuite la déposer habilement et sans bruit...

— Quel déluge!...

Bien sûr, il vous faut lui parler de la pluie et du beau temps mais vous en avez pas le temps... Il repart vers son comptoir en laissant traîner en votre mémoire l'image de cette main nerveuse qui donne envie de caresser. Puis il revient, avec du sucre, et du lait qu'il vous offre de verser dans le café...

— Non, merci. Un seul sucre.

— Monsieur aime le café. Vous n'êtes pas comme cette dame, là-bas, qui dilue son café dans deux fois plus de lait...

C'est alors que vous remarquez que le serveur porte un pantalon noir, très seyant, dont l'entrejambe est à quelques pouces de votre main et qui vous fait fantasmer sur sa possible queue longue et droite comme dans les meilleurs films pornos. Puis, en relevant les yeux, il vous a souri du coin de l’œil et vous avez mordu à l'hameçon. Votre main se porte à votre sexe, instinctivement, comme pour lui faire un signe presque involontaire, une réponse à son regard enjôleur, provocateur. Visiblement troublé par votre geste, il récidive de quelques mots sur la pluie. Mais vous ne l'écoutez plus. Votre esprit vagabonde en caresses imaginaires sur son corps et, dans un élan incontrôlable, vous lui dites qu'il est beau... votre cœur bat à deux cents à la minute... Et le serveur porte discrètement la main à son sexe...

— Désolé, je ne finis qu'à minuit, chuchote-t-il...

Et il tourne les talons pour aller servir au comptoir. Vous êtes subjugué, en pleine érection; cela ne peut se finir en queue de poisson... Plusieurs nouveaux clients entrent dans l'établissement. Le serveur s'affaire en jetant de temps à autre un regard dans votre direction. Votre désir augmente et vous le voyez déjà étendu dans votre lit, à l'hôtel, à deux pas du café, lui multipliant caresses et bassesses; il vous regarde et lit dans vos pensées. Votre esprit vagabonde de ses fesses à votre queue, de touchers en baisers voluptueux, un merveilleuse partie de fesse à deux. Vous n'en pouvez plus; vous êtes nerveux et vous vous levez pour quitter les lieux...

Il apporte l'addition... Et un petit bout de papier qu'il glisse dans votre main. Vous payez. Vous sortez. Sur le papier: «Minuit, Danny». Et vous y serez...