Franz (18) : Le complot

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Franz (18) : Le complot
Texte paru le 2012-10-14 par Lemanch   Drapeau-ch.svg
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Template-Books.pngSérie : Franz

Il était deux heures et demie du matin et Michel attendait son rendez-vous, fumant nerveusement cigarette sur cigarette. Il n’aimait pas trop l’endroit qui était réputé être un lieu de drague gay avec parfois des descentes de police. La loi contre les homosexuels promulguée par le Troisième Reich n’avait pas été abrogée. Le lieu était fréquenté également par des groupes néo-nazis dont le seul but était de « casser du pédé ».

Mais l’appel du sexe était plus fort que les dangers encourus et des hommes circulaient, se regardant avec insistance, se toisant avec un œil lubrique, se jaugeant pour évaluer la capacité du monsieur ou passant à une autre silhouette pour un nouvel examen. À plusieurs reprises, on l’avait accosté pour engager la conversation ou débuter une relation plus érotique. Il avait repoussé ces tentatives avec regrets pour ceux qui lui plaisaient. Mais il n’était pas là pour ça. Hélas ! Alors qu’il écrasait sous son talon sa énième cigarette, une voiture arriva, ralentit et finalement s’arrêta à sa hauteur. Il reconnut Magda au volant qui lui fit signe de monter.

— Vous être très en retard ! lui reprocha-t-il n s’installant à ses côtés.

— J’ai eu quelques difficultés à me débarrasser de Boris qui, vous le savez, est très jaloux. Alors ! Qu’avez-vous à me proposer ?

Michel tira de sa poche intérieure une grande enveloppe de laquelle il extirpa un papier plié en quatre, qu’il tendit à la femme. Elle déplia le document qui n’était autre qu’une des lettres de Marc adressée à Franz dans laquelle il lui répétait tout son amour en des mots les plus tendres, ainsi que le souvenir de leurs étreintes crûment détaillées. Il lui affirmait aussi combien il lui manquait et qu’il l’aimait.

— C’est parfait ! dit-elle.

Et comme pour elle-même avec un sourire mauvais, elle ajouta :

— Je le tiens !

Elle se tourna vers Michel et demanda :

— En avez-vous d’autres ?

Il lui tendit une seconde lettre.

— Pourquoi cette partie est-elle découpée ? interrogea-t-elle en retournant la lettre.

— Il y avait la nouvelle adresse de ce Marc. Je l’ai jetée.

— Vous pensez à tout, mon petit Michel ! Vous devenez précieux.

— Merci ! répondit-il froidement. Maintenant, je veux votre parole qu’une fois votre plan de mariage concrétisé, vous fermiez les yeux totalement sur la relation que je veux avoir avec Franz et que vous la protégiez. Vous le laisserez complètement libre de me retrouver. En retour, je vous garantis une discrétion totale.

— Vous l’avez, mon cher ! Je peux même vous promettre de ne jamais coucher avec lui. Que deux hommes puissent se tripoter, ça me dégoute ! fit la femme en frissonnant.

— Pensez ce que vous voulez, je m’en fous, ajouta Michel.

— Mon seul but est de donner un père officiel à mon enfant.

— Franz ne doit jamais savoir comment vous êtes entrée en possession de ces documents.

— Ne vous en faites donc pas. Ils seront en sécurité. N’aviez-vous pas parlé de photos ?

Michel plongea la main dans l’enveloppe et lui tendit la dernière photo de Marc.

— Quel dommage que ce soit une pédale, il est très beau garçon. C’est vraiment du gâchis ! Vous qui en êtes, n’est-ce pas qu’il est séduisant ! dit encore Magda en examinant la photo de Marc sur un ton de provocation.

Michel ne répondit pas et haussa les épaules. Elle retourna le document et y trouva cette inscription « À Franz, avec tout mon amour. Marc »

— Comme c’est attendrissant ! dit-elle ironique.

Puis, elle ajouta dédaigneuse :

— Rien n’est plus ridicule que des hommes qui se disent des mots d’amour en se prenant pour des femmes. Où va le monde ! Hitler n’avait pas tout à fait tort, finalement !

— Tenez votre promesse et tout ira bien, conclut-il en sortant de la voiture.

La portière à peine claquée, le véhicule démarra.

Michel alluma une nouvelle cigarette. Sa main tremblait. Il avait conscience de sa trahison mais se justifiait par le sentiment exclusif qu’il portait à Franz. Pourtant il n’y avait eu entre eux qu’une masturbation et une fellation. Mais il était fou d’amour pour lui. Il souffrirait mais patienterait ce qu’il faudrait pour atteindre son but. Et puis, après son mariage, Franz n’aurait plus que lui à aimer.

Il descendit l’avenue avec cette jolie pensée à l’esprit et le sourire aux lèvres. Néanmoins, il se dit que cette salope de Magda aurait quand même pu lui proposer de le ramener. En route, il eut l’envie soudaine de soulager un besoin naturel et il se dirigea vers le lieu public d’aisance qu’il voyait de la route. Il entra. Deux hommes matures se faisaient du bien, le pantalon sur les chevilles. Ils sursautèrent en entendant le nouvel arrivant, ne s’attendant guère à être dérangés à cette heure si avancée de la nuit. Michel leur sourit. Rassurés, les deux hommes reprirent leurs ébats là où ils les avaient laissés. Leurs queues raides en mains, ils se masturbaient consciencieusement en se pelotant partout. L’un d’eux saliva son doigt, fit glisser le caleçon de l’autre pour découvrir les fesses de son partenaire. Michel apprécia le spectacle et se mit à bander. Il exhiba sa verge dure aux yeux complices et envieux des deux amants qui continuaient à se lutiner sans vergogne mais avec plus d’entrain, les yeux rivés sur la belle queue du français. Leurs doigts glissaient entre les fesses, s’enfonçaient dans les profondeurs caverneuses dans un concert de gémissements. Passablement excité par leur jeu, Michel s’enhardit et s’agenouillant devant eux, aboucha les deux sexes tendus tandis que le doigtage profond se poursuivait. Michel suçait ces deux bites alternativement et frénétiquement, tout en masturbant la sienne. L’un des hommes murmura quelque chose à l’oreille de l’autre que Michel ne comprit pas.

— Ja ! Ich will ! dit l’autre en se retournant.

Michel comprit immédiatement qu’il allait se faire mettre par son compagnon d’un soir. L’homme plaça son membre gonflé et dur sur l’ouverture offerte par le second et s’enfonça facilement en lui. Visiblement le passage devait plutôt être régulièrement fréquenté. Il soupira d’aise de sentir son fondement ainsi possédé. Un coït viril s’en suivit qui excita au maximum les trois hommes. Lorsque Michel entreprit de saisir la bite raide de celui qui se faisait prendre, il avait déjà obtenu leur accord tacite de participer à leur joute.

C’était un spectacle très excitant qui fouettait leur désir : râles, gémissements, les couilles battant contre des fesses, une queue entrant et sortant d’un trou et une bouche absorbant un membre au rythme du coït. Des râles rauques apparentés à des rugissements de fauves auraient renseigné des passants connaisseurs sur ce qui se passait dans ces latrines publiques. Parvenus à l’extase, ils se cambrèrent et inondèrent de sperme les orifices qu’ils besognaient. Michel, lui, se répandit en de puissantes giclées qui formèrent d’honnêtes flaques blanches sur le sol. Les trois hommes se souriant se rajustèrent, s’embrassèrent en se remerciant de cette trop brève rencontre. Michel resté seul devant l’urinoir se soulagea longuement la vessie. Il secoua son sexe des dernières gouttes d’urine et se rajusta. Il boutonna sa braguette. En se retournant, il mit son pied dans la flaque de son sperme, glissa et tomba à la renverse. Dans sa chute, sa nuque heurta violemment le rebord de l’urinoir lui occasionnant le coup du lapin. Il mourut sur le coup.

Ce n’est qu’au petit matin que les employés de la voirie le découvrirent. La Police pensa d’abord à une victime d’homophobes mais très vite conclut à l’accident. Le père de Michel fut anéanti par la terrible nouvelle et chargea Franz de s’occuper des démarches. Il voulait faire rapatrier le corps en France. Un sac contenant les affaires du défunt lui fut remis. Alors qu’il faisait le tri, Franz fut intriqué d’y découvrir des timbres suisses découpés dans des enveloppes. Le cachet postal portait la mention « Bern ». Au moyen d’une loupe, il déchiffra les dates et toutes étaient récentes. Enfin, au fond du sac, une enveloppe neutre celle-ci, contenant un portrait de Marc. Non, il n’était pas possible que Michel ait intercepté ses lettres. Et pourtant, il lui était facile de le faire. Et celles qu’il avait écrites à Marc et que, confiant, il lui avait remises pour les envoyer ? Sans doute les avait-il détruites. La jalousie de Michel l’avait amené à l’espionner et le trahir. Mais qu’avait-il fait des lettres ?

Il prit la photo, la contempla, l’embrassa et les larmes coulèrent sur ses joues. Il comprit pourquoi ces derniers courriers étaient revenus frappé des sceaux « Inconnu à cette adresse » et « Parti sans laisser d’adresse ». Marc ne l’aurait pas laissé sans lui communiquer son nouveau lieu de résidence. Michel l’avait intercepté et il n’avait maintenant plus aucun moyen de le contacter. De son côté Marc devait sans doute penser que Franz ne voulait plus de lui ou pire, qu’il était mort. Il ne put se retenir et hurla :

— Salaud !

Il s’effondra sur son bureau, gémissant, sanglota. C’est prostré ainsi que le docteur Mercier le surprit. Il pensa que c’était une manifestation de son chagrin de la perte de son ami Michel.

— Mon pauvre Franz, je sais que c’est dur pour toi ! Michel avait ses défauts comme tout le monde, mais vous vous entendiez bien et votre amitié me faisait plaisir.

Franz ne répondit pas et restait immobile, le regard fixe. Les yeux de Mercier tombèrent sur les timbres laissés sur le bureau et les prit en mains.

— Tiens, j’ignorais que Michel s’intéressait aux timbres, dit le médecin en les examinant.

— Il y a beaucoup de choses que vous ignorez à propos de votre fils, murmura Franz en essuyant ses larmes.

— Mais encore ? demanda l’homme en reposant les timbres sur le bureau.

— Que faisait-il à cet endroit à cette heure ? dit Franz. Cela ne vous a pas interpellé ?

— Si bien sûr ! Mais je n’ai trouvé aucune réponse valable.

— Vous n’êtes pas sans connaître la réputation du parc du Neuersee. Vous savez que c’est le point de rendez-vous des homosexuels de Berlin.

Le visage de Mercier devint dur, les sourcils froncés, la bouche serrée.

— Qu’essayes-tu de me faire comprendre Franz ? Tu en as trop dit ou pas assez. Parle !

— Michel aimait les garçons ! dit Franz sans prendre de gants.

— D’où tiens-tu une pareille stupidité ? C’est à cause de la photo de cet homme dans ses affaires ? fit-il en la saisissant et l’agitant devant les yeux du jeune homme. Ça ne prouve rien ! Rien du tout !

— Non !

— Il t’a fait des avances, alors

— Mieux ! Il était très amoureux de moi.

— La douleur t’égare, Franz ! s’insurgea le médecin, choqué.

— Vous voulez tout savoir ? Votre fils a intercepté je ne sais combien de mes lettres, tant il était jaloux. Non content de me les voler, il en collectionnait les timbres.

— Mais, ton amie habite en France, si j’en crois ce que tu m’as dit !

— Non, elle n’a jamais existé. C’est le garçon de cette photo que j’ai aimé et que j’aime toujours. Il est actuellement en Suisse et il doit attendre de mes nouvelles.

Le ciel tombait sur la tête du docteur Mercier. Il fixait Franz d’un œil perdu.

— Toi tu es… ? Mais ce n’est pas possible ! Dis-moi que ce n’est pas vrai ! Moi qui te considérais un peu comme un fils. C’est toi qui as dérouté Michel, alors, ça ne peut être que ça !

— Détrompez-vous Docteur, Michel n’avait besoin de personne pour se dérouter comme vous dites. Il en connaissait même davantage sur le sujet que moi ou que beaucoup d’autres. Votre fils était un dévergondé dans son genre.

La gifle claqua sèchement.

— Pourquoi tiens-tu à salir ainsi le souvenir de Michel qui a été pourtant ton ami, cria Mercier exaspéré et assommé par ce qu’il apprenait.

Franz plongeant son regard dans les yeux du médecin, reprit calmement.

— Je ne renie pas les bons moments que nous avons partagés, lui et moi. En toute amitié, je tiens à le préciser ! Mais jamais nous n’avons couché ensemble. C’est justement parce que je repoussais ses avances, qu’il me harcelait et qu’il a fini par trahir cette amitié.

— Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé ?

— Je le découvre comme vous et j’ignore ce qu’il a pu faire des lettres de mon ami et des miennes que je lui donnais à poster. Je lui faisais confiance.

— Je suis médecin. J’aurais pu vous soigner tous les deux, dit Mercier en soupirant. Sans doute est-ce la colère de Dieu qui a puni mon fils d’être un homme impur !

Franz eut un rire compatissant.

— Vraiment Docteur, avec tout le respect que vous dois ! Pour un médecin vous avez une étroitesse d’esprit qui me stupéfie. Croire que l’homosexualité peut se guérir avec des petites pilules ou par la religion, c’est stupide.

— Conviens tout de même qu’entre hommes ou femmes on a toujours le choix !

— Non, justement.

— Si ! Tu choisis d’être ou non homosexuel.

— Vous avez choisi d’avoir les yeux bruns, vous ? Non, n’est-ce pas ? Pour nous, c’est comme ça également. Et croyez-moi, c’est bien plus difficile !

— Je vais prier pour vous deux, reprit Mercier confiant dans l’aide de l’au-delà.

— Si cela peut vous apporter quelque réconfort.

— Cela t’en apporterait aussi, Franz ! Viens avec moi. Tu es malgré tout une créature de Dieu.

— La prochaine fois que vous vous adresserez à lui, demandez lui donc pourquoi il a créé votre fils ainsi ?

— Tu blasphèmes ! Les desseins de Dieu sont insondables et il n’accepte pas cette façon de vivre.

Franz ne voulut pas continuer cette discussion stérile qui l’énervait.

— Docteur, je vais vous remettre ma démission, conclut-il en se levant de son siège.

— Franz, c’est à cause de cette gifle ?

— Je pense qu’elle était plutôt destinée à votre fils ! Elle sera moins difficile à oublier que sa trahison. Mon Parrain m’a fait une proposition d’emploi dans le secteur Est et j’ai accepté.

Mercier ajouta, tristement

— Funeste jour où je perds en même temps mon fils et un ami. Tu ne m’en veux pas trop ?

— Je n’oublierais pas que je vous dois la vie et pour m’avoir tiré des décombres de ma maison. Nous n’avons pas été souvent d’accords, mais j’ai aimé travailler avec vous.

Ils se serrèrent la main. Puis le docteur Mercier le pris dans ses bras, soudain paternaliste.

— Prends bien soin de toi, Franz ! Sois prudent surtout. Pense aussi de temps à autre à Michel. J’essaie de me persuader que ce n’était pas un mauvais garçon, en fin de compte.

Mais Franz savait qu’il lui faudrait du temps pour pardonner à Michel, calmer sa détresse de la perte de Marc. Il soupira en se dirigeant vers la porte.

— Adieu Docteur !

Il sortit du bureau pour aller préparer son bagage et rejoindre son parrain dans le secteur Russe.

À suivre...

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