Ini-Passion X (1)


Ini-Passion X (1)
Texte paru le 2014-01-24 par Coolmark   Drapeau-fr.svg
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Template-Books.pngSérie : Ini-Passion

Anniversaire (1)

« Qu’elle entende ! » déclara-t-il solennellement et gravement à son miroir, en entonnant le chant de son Seigneur et de sa Gloire.

Herr, unser Herrscher, dessen Ruhm

In allen Landen herrlich ist !


Il avait envie de lui confier toutes ses si tendres pensées pour elle. Tous les cordiaux sentiments d’amour qu’elle lui inspirait, l’énergique vie, les émois et les atermoiements. Il était là, pour elle, à son service, et ne pouvait pas le lui dire, trop grand risque de la perdre si lui faible, humain, sentimental, gentil : elle déçue, lui déchu. Il aurait eu besoin de s’entendre prononcer les paroles usées, intemporelles éternelles, amoureuses galvaudées, espérant désespérément qu’elles fabriqueraient un corps durable à leur amour. Besoin de lui faire savoir ses sentiments. Envie de l’attacher à lui, besoin qu’ils soient liés à tout jamais, refus de ce besoin.

« Je l’aime égale j’ai besoin d’elle. » Il s’y refusait, mais l’aimait et avait besoin d’elle. Ne pas l’avouer, trop grand risque de ne plus être son idole, le maître qui la dirigeait, la rassurait quand ses enfants étaient malades, la consolait lorsqu’elle était triste.

« Dieu est grand ! » Il le flatta un peu, puis le pria instamment et pressement pour qu’Il les réunisse au plus vite.

Plutôt tout préparer pour Elle en attendant son arrivée si prochaine. Sa maîtresse si belle, majestueuse et glorieuse innocente, si pure. Si humaine aussi, quand elle beurrait ses tartines... À huit heures ce matin encore, quand elle était partie, sollicitée par ses sociaux et familiaux devoirs, la table conservait les vestiges de leur matinale nutrition après nuit d’amour. Avant journée et nouvelle nuit de fol amour. Elle qui avait l’air si inspirée, si sérieuse malgré ses jambes serrées sur les fesses de son amant, pour l’empêcher de fuir, le retenir, cherchant à l’absorber en quelque sorte. « Jamais notre amour en miettes ! »


Plus de musique, plus de vie, plus d’Elle. « Ô ma Nancy, clama-t-il. Pourquoi es-tu partie si loin, si tôt ? »

Bientôt elle serait à nouveau là. Alors vite, dresser cette table, lui imposer un décor de circonstances, dîner aux chandelles par exemple. L’idée lui plairait certainement, elle trouverait ça si charmant et romantique.

Il se félicita de ses préparatifs, tout était paré, regarda vaguement sa montre, ne lut même pas l’heure. Il l’attendait, tournait en rond, la guettait par la fenêtre, mais toujours personne. Quand il la verrait arriver, vite s’installer au piano, à jouer le Rêve d’Amour, elle serait touchée par cette si délicate attention. Mais si ça se trouve, elle ne le connaissait pas, et il ne le maîtrisait pas réellement. Le fauteuil était préférable, avec un bon livre, comme s’il ne l’attendait pas. Feindre la désinvolture. Elle lui demanderait s’il allait bien, répondre positivement, mais qu’il n’était pas certain de pouvoir rester ce soir, attendant un coup de téléphone important.

– Tu m’avais promis. Dirait-elle les larmes aux yeux.

– Oui, mais c’est un ami qui a besoin de moi, je ne pouvais pas dire non, l’amitié c’est sacré.

– Et moi, je ne le suis pas, sacrée ?

– Mais si ma chérie, tu l’es, sans aucun doute.

Et il lui promettrait de la sacrer tous les jours et toutes les nuits, jusqu’à la fin des temps, et ce serait trop peu, trop court. Il la prendrait dans ses bras, la serrerait fort, et très tendrement. L’embrasserait avec application, et dirait enfin que c’était une blague. « Vilain méchant », lui répondrait l’adorable, mais elle sourirait et serait contente. Heureuse aussi de penser qu’elle pouvait à son tour avoir une pointe de pouvoir sur lui.

L’emmener au salon. Surprise, champagne au frais. Elle serait de nouveau contente, trouverait que c’était la fête. Oui, la sienne, la leur. Ils feraient tinter les flûtes en cristal, et il lui dirait encore qu’il l’aimait.

– Pour toujours ?

– Oui, pour toujours...

– Tu ne me quittera jamais ?

– Non jamais. Lui dirait-il droit dans les yeux.

Elle le croirait, et serait heureuse. Un instant de bonheur volé, pour deux mots seulement.


Après le repas, elle voudrait sans doute lui montrer ses sentiments, qu’il la prenne, et il accomplirait ce rituel, ne pourrait qu’obéir à son tour à sa Belle. Eux, les plus beaux amants du monde.


La table étant parfaitement et définitivement prête, il se félicita à nouveau d’avoir si bien travaillé. C’est sûr, elle serait très très contente. Un coup d’œil à la fenêtre. « Zut ! La voilà déjà ! Bon sang, elle est en avance, ou moi en retard. Pas le temps de prendre le livre et de m’installer dans le fauteuil. » Fini de feindre, elle arrivait.


« Qu’est-ce qu’il m’aura préparé aujourd’hui, un atelier numéro trois ? Oh, je ne crois pas, y compris le grenier et la cave, je connais presque toute la maison et il n’y a plus que des chambres. En tout cas, c’est super de m’avoir offert pour mon anniversaire cet ensemble en cuir. Guêpière porte-jarretelles, avec dentelle pour les seins, et laçage sur le devant. Bas résille, culotte assortie, bordée elle aussi de dentelle, qui garde au chaud ma belle petite chatte... Vrai, je suis hyper-sexy comme ça ! Qu’est-ce qu’il aura bien pu manigancer ? Pas des vacheries trop hard, j’espère. Oh, je verrai bien, j’en ai vu d’autres avec lui, et en suis quand même sortie vivante après tout. »


Dix-neuf heures précises. Contrairement à la dernière fois, il lui ouvrit la porte avant même qu’elle n’ait eu le temps de sonner.

– Salut, ma Nancy, comment vas-tu ?

– Bonsoir, ça va bien. Dis-donc, tu as l’air en forme ? Déroutée par cet accueil chaleureux et un peu inattendu.

La porte à peine refermée, il la prit, la serra dans ses bras, l’embrassa longuement et si tendrement qu’elle se sentit fondre instantanément. Il relâcha son étreinte pour la complimenter.

– Tu es toute mignonne, ma Belle, et tu sens bon le cuir. Est-ce que mes cadeaux sont à ta taille ?

– Je vais te montrer, si tu veux ?

– Bien sûr que je veux. Enlève ton blouson et ton pantalon, mais tu remettras tes bottes, que je voie à quoi tu ressembles, habillée en maîtresse !...


Elle se déshabilla lentement, jouant à merveille de son corps si gracieux, en déhanchements suggestifs et provocants. Bientôt, ce fut une toute autre personne qu’il découvrit.

– Voilà, comment tu me trouves ? Demanda-t-elle, dos cambré, fesses saillantes, poitrine agressive, menton pointu, sourcils froncés, faisant fièrement quelques pas et tournant sur elle-même, comme un mannequin de toute première classe.

– Fantastique, magnifique, tu es vraiment superbe ! Tiens, j’ai encore un cadeau pour toi.

– Tu es fou, tu m’as déjà tellement gâtée.

– C’est peu de chose, mais indispensable pour compléter ta tenue.

Elle déballa le long et fin paquet.

– Oh, une cravache ! Elle est belle, merci.

– Je l’ai choisie noire, ça ne te dérange pas ?

– Penses-tu, je commence à avoir l’habitude de ton sens de l’humour...

Ils éclatèrent tous les deux d’un rire complice et s’embrassèrent à nouveau en un profond et interminable baiser. Temps de fête, temps de paix, temps de plaisir...