L'île ensoleillée


L'île ensoleillée
Texte paru le 2012-03-29 par Denis Paquin   Drapeau-qc.svg
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  • Vol. 4, no. 1
  • Date : Mars-Avril 1997
  • Rubrique : Fait vécu
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Cest dans la spontanéité naturelle, unique aux êtres totalement libres, que l’on retrouve l ’amour à son état le plus pur.

L'île nous apparut dès notre arrivée, sur ce grand lac formé à cet endroit par un élargissement important de la rivière Outaouais. Nous la regardions à notre droite toute ensoleillée, toute verte et toute ronde, avec une baie bien placée sous le vent. Elle abritait ses eaux calmes qui contrastaient vivement avec celles du lac tourmenté.

Quoique facile à voir de notre bateau, nous dûmes louvoyer contre vents et courants pendant une vingtaine de minutes afin de s'en approcher sensiblement. Après un long virage et une longue bordée, en serrant le vent de plus près, nous arrivâmes enfin sous la protection de l'invitante baie.

Ce n’était pas trop tôt puisque depuis notre départ de la marina d'Oka. le vent ne cessait de prendre de l’ampleur et exigeait de l’équipage des efforts soutenus. Les vagues qui se faisaient de plus en plus fortes nous aspergeaient de plus belle à mesure que nous avancions.

De plus, quelques minutes seulement après notre départ, j'expliquais à David, qui m’accompagnait ce jour-là, les grandes lignes du travail de barreur. David désirait ardemment apprendre cet aspect du pilotage. Pendant ses vacances, il voulait assimiler toutes les fonctions de l’équipier. Il devenait rapidement un bon matelot et je crus opportun de l’initier au métier de barreur afin de compléter son éducation de parfait marin.

David, cette année-là, était à son premier été à faire de la voile. Son affection particulière pour ce sport démontrait clairement des goûts et des aptitudes très marqués pour la navigation. Pour lui, le souffle du vent dans les voiles, l’eau qui frappe la coque, le bleu du ciel et le mouvement des vagues, l'attention continuelle pour maintenir le bateau étaient autant de raisons et de joies qui faisaient vibrer son coeur. Il y découvrait un sentiment de liberté ainsi que le calme et la sérénité qui lui permettaient de s’affirmer comme homme à part entière. Cette liberté lui était devenue grisante et son habileté lui faisait le bonheur de se savoir apprécié, par moi en l’occurrence. Je me dois de dire qu’il y avait entre nous une complicité qui s’était installée, et ce depuis sa plus tendre enfance. L’été que nous vivions nous donnait, à nouveau, l’occasion de constater que cette complicité était encore présente dans toute sa plénitude.

C’est par le dimanche du 18 juillet que David reçut son baptême de la voile. Ce jour-là, le vent et les vagues s’unissaient au soleil radieux, faisant en sorte que son initiation soit un événement des plus heureux. Ce fut aussi ce jour-là qu’il me fit ses premières confidences d’adulte, me démontant ainsi, une confiance totale.

La semaine suivante, les quatre jours de vacances au camping Provincial multiplièrent les moments d’une intimité inespérée. Des sentiments très forts, mais secrets, nous habitaient déjà. Ce furent des journées inoubliables qui nous rapprochaient de plus en plus. David était devenu, à son insu, un homme beau et simple, équipé d’un grand coeur débordant de tendresse. Les amarres enlevées, la dérive et le gouvernail abaissés, la marina suffisamment éloignée, David prit la barre en main, pour sa première expérience de pilotage. Cette apprentissage, très difficile au début, lui demandait une concentration constante et lui faisait comprendre le sérieux et toute l’importance de ce poste. Après quelques fausses manoeuvres et plusieurs bordées serrées contre le vent, David se faisait la main plus sûre.

Soudain, une bourrasque d’une force imprévue, nous occasionna un chavirage spectaculaire, nous envoyant à la flotte sans aucune cérémonie. Le bateau redresssé, nous réembarquâmes sur celui-ci, complètement mouillés. Nous avons fait nos adieux à quelques articles flottant à la dérive et nous repartîmes de nouveau. Le barreur en herbe épuisé me demanda de le relever de son poste. Je repris la barre et repérai vite, au loin, «l’île ensoleillée».

Du côté de l’île où nous étions accostés, le calme régnait en maître absolu. Le chant du vent nous parvenait à peine tant il était étouffé par la densité de la végétation luxuriante. L’eau de la baie semblait si calme qu’on eut dit que l'île avait été déposée sur un gigantesque miroir aux reflets bleus. Le soleil, lui, nous réchauffait de tous ses rayons.

David, en mettant les pieds sur terre, avait dit en souriant : «On dirait l’île de Gilligan.» Tout près du voilier, un petit sentier prenait naissance. Ce sentier, je le savais, conduisait au coeur même de l'île, au milieu d’une splendide clairière. Nous y arrivâmes en peu de temps pour réaliser que l’endroit avait été défloré bien avant nous. Des restes de feux de camp et des aménagements pour les tentes trahissaient le passage des campeurs. Nous étions, toutefois, convaincus que nous avions trouvé le site idéal pour nous reposer et prendre notre repas. Il fut décidé que nous nous installerions dans un coin ombragé et fort confortable.

Pendant les préparatifs de notre pique-nique, je prenais quelques photos. Je conserverai par ce moyen, ces quelques instants fragiles dans la vie de David. Instants qu’il appellera un jour «sa jeunesse». C’est lorsqu’un tel moment de bonheur nous arrive que l’on réalise l’avance inexorable du temps, qui ne nous donnera jamais la chance de pouvoir revenir en arrière. Les seules preuves qui demeureront, outre notre mémoire, seront ces quelques clichés, pâles souvenirs du passé.

La discussion pendant le repas fut joyeuse et animée, empreinte de bien-être et de confiance. Lorsque nous eûmes terminé, nous prîmes la décision de faire une exploration par le sentier qui la ceinturait. Ce sentier nous mena à son extrême pointe nord où se cachait une baie, toute aussi jolie que la première. De là, comme des gamins, on a lancé des pierres pour les faire rebondir sur la surface de l’eau. Notre présence effraya quelque peu une douzaine de canards sauvages et de mouettes blanches qui, comme nous, s’abritaient du vent en profitant des rayons du soleil encore chaud en cette mi-août. Nous reprîmes le chemin du retour qui nous ramena à notre clairière. Comme elle était douillette cette clairière d’où le chant des oiseaux parvenait à dominer celui du vent. Afin de me reposer de l’expédition, je m’étendis sur la couverture laissée là depuis le dîner. David qui comme moi ne semblait pas pressé de quitter cette île paradisiaque, s’amusait avec des riens, feignant de s’occuper, visiblement en attente de mes initiatives. «Viens te reposer un peu, toi aussi,» lui lançais-je. Il n’hésita pas et vint s’installer à mes côtés. Au moment où il allait s’étendre, je l’invitai à se servir de mon ventre comme oreiller. En s’exécutant, il me dit : «C’est beaucoup plus moelleux que par terre.»

Installé de cette manière confortable, je mis, tout naturellement, ma main gauche dans ses cheveux, lu caressant doucement la tête. Mon autre main alla tout aussi naïvement se déposer sur les siennes déjà croisées sur sa poitrine. Nous sommes restés ainsi un bon moment, les doigts croisés à nous frôler du bout de nos pouces.

Tout de nos deux êtres glissait vers un bien-être absolu pendant qu’une tranquillité voluptueuse s’emparait de tous nos sens. Notre sensualité s’avivait à un rythme accéléré sans que nos doigts ne se séparent, prisonniers qu’ils étaient de cette douceur et de cette tendresse

Cette tête aux cheveux châtains dans ma main gauche, les caresses de nos doigts et la chaleur de nos corps qui se touchaient, firent naître en moi un désir d’une force telle que mon érection sous ma culotte courte fit pointer mon gland à demi découvert de son prépuce. Du coin de l’oeil, je constatai une réaction semblable dans le pantalon de mon compagnon. Mon coeur battait à tout rompre devant ce qui me semblait être une grande promesse.

Dans un geste calme et confiant, ma main s’éloigna de celles qui la retenaient pour glisser lentement sur son ventre plat et ensuite pour aller vers son érection. Ce pénis que j’effleurais alors tout doucement de chacun de mes doigts se mit à palpiter de désirs incontrôlés. Je ramenai ma main sur celles de David qui m’accueillirent par des caresses et des serrements redoublés.

À la fois rassuré et exalté par nos besoins identiques, je quittai à nouveau ses mains pour me rendre cette fois, sous le tissu qui me cachait son pénis fier et glorieux.

Au moment où je touchai son sexe impressionnant de virilité, David se tourna vers le mien et d’un geste hâtif le saisit d’une main comme pour s’assurer de sa rigidité. Il baissa alors ma culotte afin de libérer celui-ci et de pouvoir l’effleurer de sa bouche. Rapidement, il déploya une ardeur empreinte d’avidité qui m’envoya du coup au sommet de la jouissance.

C’est alors que ce corps, quitta le repos, s’anima de toutes les passions. Déjà, je le sentais exalté entre les plaisirs que lui procurait ma main et ceux que sa bouche me donnait. Il s’appliquait à extirper chaque goutte de liqueur, produite de ma jouissance, jusqu’alors contenue.

Ma main qui le caressait toujours semblait éperdue de plaisir tant elle allait et venait partout sur son corps secoué de spasmes fréquents. Ma main parvint à enlever le seul morceau de vêtement qui faisait obstacle à une nudité totale et encore retenue. Son corps maintenant libéré de ses entraves me délivra à son tour et sans lâcher prise, se rangea le long du mien.

Ainsi, je pouvais le parcourir de ma bouche, à mon tour.

Nous nous caressions de nos mains devenues libres, réalisant à ce moment que nous n’en avions pas assez de deux pour satisfaire ce débordement de volupté qui nous dévorait. Notre extase augmentait sans cesse en une communion complète, chacun ressentant exactement les plaisirs tant désirés. Nous recevions mutuellement ce que nous donnions.

En plein coeur de ce crescendo passionné, il nous devint impérieux de retrouver dans les yeux de l'autre la flamme ardente qui nous consumait. Je me couchai donc sur le dos afin de lui permettre de s’allonger sur mon corps. Je pris, alors, bien soin de placer son sexe entre mes cuisses et nos yeux se rencontrèrent, ivres d’amour.

Enlacés, éperdus, je tentai un baiser, hardi et timide à la fois. Je ne voulais pas par une maladresse briser le charme. Il répondit à mon geste en s’élançant dans un bouche à bouche brûlant d’ardeur, que sa fougue ne pouvait plus contenir, comme un barrage qui éclate.

Dès cet instant je perdis pied avec la réalité. Je ne voyais ni n’entendais plus rien. Tout de mon être s’élança dans un univers de jouissance comme jamais auparavant. Les limites du monde connu s’effaçaient tant la similitude de notre sensualité se faisait grande. Tout de nous se fondait par le feu d’une passion dévorante, tant et si bien que nous avions l’impression de faire l’amour avec nous-même.

Les baisers redoublaient d’ardeur et nos mouvements de va-et-vient se faisaient de plus en plus frénétiques. Je roulai sur lui afin de ralentir un tant soit peu ses élans. Les baisers retenus, nous comblaient d’extase, mais créaient dans nos corps une soif de désirs fiévreux. Nos gestes, maintenant sans contraintes, étaient animés d’une ardeur presque sauvage.

Je me retrouvai de nouveau sous son corps splendide, mais ce fut mon pénis qui cette fois se nichait entre ses fesses. Puis, comme pour me torturer de plaisir, il les resserra d’avantage. Il se mit, alors, à bouger de bas en haut, caressant toute la longueur de mon érection à un rythme lent et délibéré. Mon corps tout entier s’agita de soubresauts convulsifs à chaque fois qu’il atteignait le sommet de sa course.

Avec tant de jouissances, je devais éviter l’explosion finale.

J’en étais de nouveau presqu’à un point de non retour. Je choisis de m’arracher de son étreinte et m’agenouillai entre ses jambes. Devant moi s’offrait le plus beau spectacle jamais offert à mes yeux. Ses paupières closes, ses lèvres moites, ses mains cherchant les miennes, son ventre creux et son pénis gonflé firent éclater mon coeur. Comme un fou, je me jetai sur lui et après un long baiser, je commençai à le caresser du bout de mes lèvres, couvrant tout son corps dans une descente dévastatrice de sensations. J’évitai à dessein son pénis tressaillant et de ma langue je me saisis de ses testicules. Ses hanches sensuellement se levèrent d’elles même pour me permettre d’aller encore plus loin. Mais je rebroussai chemin, car ce territoire inconnu sembla lui causer une certaine crainte.

Donc, toujours avec ma langue, je concentrai mes efforts - c'est beaucoup dire - tout au long de son pénis. J'évitais maintenant le gland, le torturant ainsi à mon tour. Son corps arc-bouté se mourait de désir de ressentir la chaleur de ma bouche. Il mouillait ses lèvres tout en les mordillant pour ne pas crier. Il me tenait la tête de ses mains et tentait de se faire happer par la fournaise de ma bouche. Par surprise, je saisis son pénis et le glissai au fond de ma gorge. Ses hanches possédées par des convulsions irrésistibles, s’agitèrent. Je cessai de bouger, le laissant enfin se satisfaire à son aise. Par ses mouvements saccadés, je pouvais pressentir la grande finale, or, pour ne pas la provoquer encore, je me retirai à regret. Je me laissai tomber sur lui et dans le baiser qui s’ensuivit, comme une extension de son sexe, il me donna sa langue à lécher.

Donnant un bref moment de répit à nos ébats amoureux, je regardai autour de nous et je réalisai que nous étions en plein soleil bien que nous ayions choisi un coin ombragé lors de notre arrivée sur les lieux. David, fit écho à mes pensées et dit : «Le temps passe, nous devrons bientôt partir.» Ces paroles dites à voix basse dénotaient une certaine mélancolie.

Alors, comme pour chasser ce bref intermède et se retremper de sitôt dans notre euphorie, il m’embrassa longuement. Puis, il se retourna vers mon sexe érigé, le saisit, le fit briller avec sa salive et entreprit une masturbation lente et déterminée.

Bientôt, par ses actions fébriles, je constatai l’approche irréversible de ma seconde sortie. Mon corps en transe, s’abandonna tout entier au maître de mes plaisirs qui, comme pour m’achever totalement, me cloua de ses baisers les plus ardents. Sa bouche victorieuse absorba tout des cris et des grognements de mon agonie. Me sachant alors étouffé, il délaissa mes lèvres pour s’offrir le spectacle de ma seconde éjaculation. Surpris et fier des plaisirs qu’il venait encore de m’arracher, il posa sa tête sur mon torse, satisfait.


Il me fallut un bon moment pour retrouver mes esprits, encore à la dérive. On ne revient pas aussitôt du fond de l’abîme de nos sens.

Je sortis de ma torpeur et réalisai toute l’énormité des plaisirs à venir. D’un ton qui se voulait malicieux, je lui dis : «C'est à ton tour et tu vas y goûter mon gars.» En guise de réponse, il me fit un sourire et s'étendit de tout son long, les mains derrière la tête et les jambes écartées. Il ne m’en fallait pas d’avantage pour me jeter à ses pieds. J’étais alors bien déterminé à lui rendre au centuple ce qu’il m’avait donné. J’entamai le début de sa fin par un baiser que sa bouche affamée attendait impatiente. Puis, prenant l’exemple des guitaristes qui s’ajustent avant de jouer, j’ajustai de mes mains caressantes la tension des cordes, soit celles des sens de David. Fort de savoir qu’il ne pouvait résister aux exigences tyranniques de ma bouche, je m’appliquai à l’amener doucement au sommet des plaisirs de la chair.

Par les mouvements saccadés de ses hanches, par son ventre qui se creusait et se gonflait, par sa tête qui se balançait d’un côté à l’autre et par son visage crispé d’anticipation, je compris que son moment de vérité était proche. J’accélérai mon rythme, réalisant les effets dévastateurs de mon geste. Subitement, il poussa un cri qu’il tentait d’étouffer et qui annonçait indubitablement son coup de grâce. Il s’abandonna alors dans une série de soubresauts qui me firent goûter toute l’ampleur et la puissance de son corps en proie à un orgasme ample et irrationnel


Nous restâmes longtemps enlacés, abasourdis par tant de plaisirs...

Et puis, je rassemblai mes forces et je parvins à dire : «Allons-y, maintenant...» Il fallait bien que l’un de nous revienne à la réalité. Sans dire un mot, nous nous sommes rhabillés et avons ramassé tous nos effets.

Avant de quitter la clairière, le coeur plein d’émotions, je serrai David dans mes bras, comme pour le rassurer ou lui exprimer ce que je n’arrivais pas à dire.

Nous avons redescendu le sentier le coeur léger et rendu sur la berge, David a dit : « Comme il serait bon de rester sur notre île, comme Gilligan...»


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