L'homme du 26 septembre


L'homme du 26 septembre
Texte paru le 2012-05-20 par JeanJean   Drapeau-qc.svg
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  • Vol. 3, no. 4
  • Date : Septembre-Octobre 1996
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Son cul dans le tumulte de la gare était le nombril de mon univers et mon regard n’arrivait pas à s’en détacher. Il est monté à bord du train, la fumée faisant écran brouillait cette vision ultime qui allait bientôt s’estomper. Dans un train d’enfer, il est disparu. Désordre et désolement. Je me retrouvai seul dans la cohue, les doigts de ma main gauche glissaient de mon front en sueur en passant par mes yeux jusqu’à ma bouche. Ses odeurs intimes traînant encore sur ma peau, agressèrent mes sens, ce qui fit se tordre mon âme d’un amour fou, inconditionnel, et ravageusement incontrôlable. Dans le fond de mes poches, je triturais une petite clé et je jubilais à l’idée qu’il devrait me revenir afin que son sexe soit délivré.

Il m’avait dit: « Fais de moi ce que tu veux, bande-moi les yeux, fais-moi subir les sévices de ta queue, avant que je ne retourne dans ma ville, dans ma grosse maison, dans mon petit confort, dans ma triste histoire, abuse de moi et joue avec mon corps.» Jamais je n’aurais cru que cet homme puisse m’appartenir, ne fut-ce qu’une nuit. Aussi ai-je été des plus surpris lorsqu’il m’a dit que le 26 septembre 1995, il aurait une aventure avec un homme. Pour la première fois de sa vie. Nous étions le 26 septembre 1995. Il avait bu. Et moi aussi. «Baise-moi sauvagement, ne m’aime pas, a-t-il ajouté. Fais-moi plutôt souffrir, châtie-moi, c’est tout ce que je mérite.»

On s’est rejoint à sa chambre discrètement, lui d’abord, moi ensuite. Sur le lit il était déjà nu comme je le lui avais suggéré. Le coeur abasourdi, je l’ai longuement regardé, là, devant moi, immobile, les yeux clos, tout son corps m’était offert. Il était exactement comme je les aime: les yeux crasses, une gueule sympathique de baveux, des épaules rondes et des pectoraux joliment bombés, légèrement duveteux, des hanches fortes et des fesses dures et, et une queue presque bandée, innocemment et nonchalamment allongée sur une cuisse de roc aux poils doux et sombres. Sans ouvrir les yeux, dans un râlement il a dit: «Attache-moi.»

Pendant douze heures et demi il m’appartenait, entièrement, totalement, nu, attaché, pieds et poignets liés à la structure du lit. J’ai profité honteusement de lui, me livrant à des bassesses auxquelles il était impuissant. J’ai exploité malicieusement tout son corps auquel je volais sciemment le peu de temps que nous savions irréversible. Je ne le savais que trop... Ce géant aux charmes olympiens ne m’appartiendrait que pour cette ultime nuitée.

Je bandais d’amour pour un joueur de hockey, moi qui n’ai jamais regardé un seul match à la télé. Wendel n’avait certainement jamais été torturé par tant de voluptés. Jamais il n’a pu être suçé avec tant de passion. Jamais il ne s’est fait enculer avec tant d'abandon. Jamais il n’a tant désiré une dernière éjaculation, une énième, pour clore notre séparation.

Alors qu’il s’était rendormi, je l’ai détaché avant de filer. Soudainement j’ai eu cette idée diabolique, soit d’emprisonner son sexe dans une petite cage en métal, (le pendant de la ceinture de chasteté, version pour hommes) que j’ai refermée sous ses couilles et que j’ai verrouillée à clé. Je l’ai embrassé longuement et dans son demi-sommeil, sa bouche affamée cherchait encore à goûter, à lécher, à me retenir. Je lui ai soufflé à l’oreille: «J’espère que tu trouveras la clé de tes problèmes...»

Sur la table de nuit, j’ai laissé mon numéro de téléphone. Si c’est sa femme qui appelle, bien sûr je ne saurai pas de quoi il s’agit...


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